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Oui, pas de victimes en dehors de la centrale !

samedi 18 mai 2013, par PH

Une vieille blogueuse aigrie [1]s’offusquait de notre article du 19 mars 2011, Roland Corrier, conseiller général de la Meuse qui gobe les reportages télévisés que nous démontons, souhaiterait que l’on actualise cet article. Pourtant ; il n’y a rien à y changer : les dépôts étaient connus, on peut estimer la dose reçue. Joonhong Ahn du département de l’énergie nucléaire de l’université de Berkeley a présenté des calculs prudents de doses cumulées sur 80 ans. Compte-tenu des hypothèses, nous pouvons même penser que les doses sont surestimées d’un facteur 2.

Grâce à l’évacuation et même sans décontamination : dans aucune zone la dose cumulée dépasse 100 mSv, c’est à dire la dose reçue après 8 scanners abdominaux. Or en dessous de ce seuil, l’Académie de Médecine et l’Académie des Sciences dans leur métaanalyse de 2004 n’ont rien observé :

« ... les études épidémiologiques disponibles ne décèlent aucun effet pour des doses inférieures à 100 mSv, soit qu’il n’en existe pas, soit que la puissance statistique des enquêtes ait été insuffisante pour les détecter. Comme certaines enquêtes portent sur un grand nombre de sujets, ces résultats montrent déjà que le risque, s’il existe devrait être très faible. »

Cette métaanalyse a forcément pris en compte les résultats du Centre international de recherche sur le cancer qui a suivi plusieurs centaines de milliers de travailleurs du nucléaire. Les enquêtes qui seront conduites après Fukushima suivront un peu plus de monde, qui auront subi des expositions plus faibles. Il y a tout lieu de penser que l’on trouvera encore rien.

Sur une étude de 2011, concernant tous les travailleurs du CEA, c’est à dire près de 20 000 personnes exposées, Metz-Flammant n’arrive à détecter aucun excès de risque de leucémies en dessous de 20 mSv par an.

Nous avions écrit aussi dès le 13 mars que Fukushima ne sera pas Tchernobyl, même si la sûreté nucléaire japonaise s’est révélée bien en dessous de celle à laquelle nous sommes habitués en France, l’avenir nous a donné raison : 600 km2 sont interdits aujourd’hui à Fukushima [2]contre 13 000 km2 autour de Tchernobyl [3], comme on peut le voir sur ces deux cartes à la même échelle :

Alors ceux qui visiblement ne savent pas :

comparer les chiffres,
comprendre une relation,
prendre en compte les résultats de l’expérience
faire preuve d’esprit critique et d’honnêteté intellectuelle

devraient se retenir de parler d’énergie.

Le combat pour le nucléaire ou contre le réchauffement climatique, n’est pas seulement devenu un combat pour la Science, mais un combat de la Science.


Voir en ligne : discussion avec Roland Corrier, conseiller général de la Meuse


[1La louve alpha chez Médiapart

[2en jaune et rouge sur la carte de droite

[3orange et rouge sur la carte de gauche

Messages

  • « même si la sûreté nucléaire japonaise s’est révélée bien en dessous de celle à laquelle nous sommes habitués en France »

    Pourriez-vous s’il vous plaît préciser cette phrase ?

    Voulez-vous dire que la France est parfaitement préparée à une fusion de réacteur en terme d’assistance à la population (évacuation, fond d’urgence, ...), ou bien que les centrales françaises sont résistantes à des tsunamis suivant un tremblement de terre de forte magnitude ? Ou bien encore autre chose ?

    Merci d’avance.

    • "Voulez-vous dire que la France est parfaitement préparée à une fusion de réacteur en terme d’assistance à la population (évacuation, fond d’urgence, ...)"

      Nos réacteurs ont des filtres a sables et des re-combineurs d’hydrogène passifs et/ou auto-alimentés connectés a leur enceintes.

      Le fond d’urgence, c’est l’état qui doit garantir les moyens financiers de sauver des vies sur son territoire. Mais EDF a des fonds placés pour le démantèlement qui peuvent aussi servir en cas d’accident. Mais l’accident ne pourrait pas être de même ampleur grâce aux deux dispositifs PASSIFS (ne nécessitent pas de sources d’énergie extérieure) que j’ai cité ci dessus.

      Quand a cette phrase que vous citez, reprise dans l’article, elle est a mon avis bien en deçà de la réalités. La JPSN était noyautée et le premier ministre japonais a gêné ses activités qui aurait pourtant pu éviter tout ce gâchis. En effet, TEPCO avait ramené une ligne électrique qui était disponible deux jours après le tsunami, ceci malgré tous les pb que posaient la dévastation a la fois du séisme et du tsunami.
      Le pb de Fukushima est avant tout humain, et il s’agit de l’indépendance de ses membres qui est bien loin de celle des membres de l’ASN Française.
      Ce sont les japonais eux même qui le disent dans une commission d’enquête sur le déroulement de l’accident.

      On peut ajouter que les réacteurs de Fukushima étaient des BWR, pas de PWR comme les nôtres. Mais aussi, que la JPSN ne faisait pas de visites décennales comme notre ASN le fait en France. ce qui signifie que les réacteurs n’avaient que peu changé depuis leur construction par les états-uniens après guerre. Et c’est le cas de tous les réacteurs du japon, contrairement aux nôtres !

      Si vous avez des doutes sur l’ASN commencez par écouter leurs représentants, André Claude Lacoste (l’ancien directeur, et Pierre Franck Chevet (Directeur actuel). Vous trouverez facilement leurs auditions sur les sites gouvernementaux (car auditionnés par le gouvernent et les ONG antinucléaires, entre autres) ou sur les sites de vidéos comme Youtube et DailyMotion.

      A noter que les japonais ont décidé en 2012 de monter une autre autorité de sureté qui semble plus sévère.
      Quand a la crédibilité d’une autorité de Sureté, il vous faudra passer bcp de temps a lire sur le sujet, mais je peux vous dire que l’ASN française est tout a fait bien placé en terme de crédibilité mondiale, mieux que la NRC américaine, peut-être moins bien placée que l’ASN Finlandaise (intraitable sur tout, parait-il). Je ne parle pas des autorités de suretés Russes et Sud-Coréenne qui sont toutes les deux gérées par leurs états respectifs, ce qui de mon point de vue, n’est pas le meilleur signe d’indépendance, comme on l’a vu au japon.

    • "ou bien que les centrales françaises sont résistantes à des tsunamis suivant un tremblement de terre de forte magnitude ? Ou bien encore autre chose ? Merci"

      Les centrales françaises ont été construites pour résister a des séismes selon leur zones géographiques. Il faut bien comprendre que ce ne sont pas les séismes qui ont détruits les réacteurs japonais. Ce pays reste le plus experts en ce domaine de la construction résistante au séismes. d’ailleurs le tsunami n’a pas détruit non plus la centrale, il a simplement noyé les générateurs diesels qui n’étaient pas placé judicieusement.

      Les tsunamis en France ne sont pas possibles, en revanche, la rupture d’un barrage peu l’être, mais comprenez bien que si cela se produit, il y aura bien d’autres pb a régler que celui d’un réacteur. Et d’ailleurs il existe une brigade de "pompiers nucléaires" nommée FARN (Force d’Action Rapide Nucléaire) spécialisé dans la sécurisation du circuit de refroidissement des réacteurs, mais aussi en arrêts de réaction en chaine via de la acide Borique neutronophage. AU japon, les barres de contrôle (qui arrêtent la réaction en chaine des réacteurs par absorption des neutrons) ont parfaitement fonctionné et c’est la puissance résiduelle qui a posé pb.

      De toutes façons, l’opération "grand carénage" va encore apporter d’autres possibilités avec le concept de "noyau dur". Un bunker isolé, autonome et hermétique situé a coté des autres systèmes de contrôle de la source froide.

      Ce qui compte toujours sur ces systèmes, c’est le contrôle et le maintien, coute que coute, de la source froide. et c’est le cas de tout équipement sous pression, même votre chaudière au gaz ou au fioul, ou même au bois.
      Bref, de tout équipement a haute température. Donc cela inclut aussi ls raffineries, les gazoducs, les centres de stockage hydrocarbures fossiles, des centrales a charbon ou a bois ...etc

    • Oui, je peux préciser cette phrase : lorsqu’a été publié le 13 mars 2013, que Fukushima ne sera pas Tchernobyl, nous imaginions que les réacteurs japonais avait le même niveau de sûreté que les réacteurs français. En France, en effet, on augmente la sûreté à chaque visite décennale, ainsi nos réacteurs ont été munis de recombineurs passifs et de filtres à sable, donc un réacteur actuel est différent du réacteur à son démarrage ; au contraire l’autorité de sûreté japonaise vérifiait si les réacteurs de Fukushima étaient conforme à leur prescription d’origine, c’est à dire celles de la fin des années soixante.

      En cas de raz de marée, le cœur d’un REP est déjà plongé dans l’eau qui peut circuler et évacuer le chaleur par convection naturelle jusqu’au générateur de vapeur.

      Quant aux séismes, il y a des réacteurs dans des zones qui ont connus des tremblements de terre, comme le Japon et l’Arménie et aucun réacteur n’a relâché de radioactivité à cause d’un séisme, ils sont conçus pour ça.

      Enfin, en cas de fusion de cœur, le préfet peut mettre en œuvre un PPI, plan particulier d’intervention, qui a déjà été préparé.

      Merci à AtomicBoy44 des précisions qu’il a apportées.

    • Merci à PH et à AtomicBoy44 pour leurs précisions. On apprend vraiment beaucoup de choses sur ce blog. Merci à l’auteur.

      Le 10 novembre 2012, l’« Économie en question » sur France Culture débattait des sources d’énergies sous l’angle de l’économie, émission intitulée « Sources d’énergie : la France à l’heure des choix ». La plupart des économistes présent pour cette émission jugeait que la France n’avait jamais bloqué les fonds d’urgence dont vous parlez. Peut-être le sujet d’un de vos prochain message ? En tout cas je trouve que cette question mérite que l’on s’y arrête. Merci encore pour vos efforts de clarification.

  • donc si je comprends bien cet article, il n’y aura aucune répercutions pour la population ? je suis quand même quelque peu septique.

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