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EN FINIR AVEC LES FOSSILES, C’EST POSSIBLE !

Réponse à Benjamin Dessus et Bernard Laponche

Le Monde 5 janvier 2012

jeudi 5 janvier 2012, par PH

Benjamin Dessus et Bernard Laponche sont deux vieux militants antinucléaires. Ils viennent de publier En finir avec le nucléaire.
Le journal Le Monde leur ouvre régulièrement ses colonnes.

« Depuis toujours, en France, le nucléaire paraissait intouchable. Mais la catastrophe de Fukushima a changé la donne : même dans un pays très avancé, un accident majeur peut se produire ! »

Messieurs Dessus et Laponche, essayez donc de transposer Fukushima dans un pays sans risque sismique, avec une culture de sûreté différente et sur des réacteurs qui peuvent être refroidis et alimentés en électricité via les générateurs de vapeur ...

« Et toutes les interrogations jusqu’ici soigneusement évitées émergeaient à nouveau : le risque d’accident majeur bien entendu, mais aussi la production de déchets radioactifs très dangereux et la menace aggravée du risque de prolifération des armes nucléaires. »

Allons, Messieurs ! Vous, à qui il arrive parfois de rappeler que le développement des RNR-Na est limité par le stock de plutonium ; vous imaginez bien que l’on ne va en exporter ! Il n’y a pas une dangerosité intrinsèque des déchets nucléaires, cela dépend de l’endroit, où on les place, les produits ménagers causent et causeront plus de accidents que les déchets nucléaires.

« Quand on prend conscience que quatre accidents majeurs de réacteur se sont produits au cours des trente dernières années (un à Tchernobyl et trois à Fukushima) sur un parc mondial de 450 réacteurs, alors que le calcul des probabilités officiel n’en "imagine" que 0,014 sur la même période (286 fois moins), on est en droit de se poser la question de la pertinence d’une sortie du nucléaire.
 »

Comme indiqué plus haut, il y a tellement de paramètres, que votre calcul paraît bien simpliste.

« A cette évocation, les tenants du nucléaire apportent trois types d’arguments : l’"indépendance énergétique" de la France, la performance française en termes d’émissions de CO2, le très faible coût du kWh nucléaire. Celui de l’indépendance énergétique est tout simplement faux : la France est tout aussi dépendante pour son approvisionnement d’uranium qu’elle l’est pour le pétrole, le charbon et le gaz. »

Quel argument primaire indépendant de toute réflexion géopolitique et physique ! La vérité est que nous accumulons de la matière fissile et fertile.

« Loin d’atteindre 50 %, notre indépendance énergétique réelle n’est que de 8,9 %. »

Ceci est ridicule, faites le calcul en euros !

Les importations d’uranium (autour de 700 millions d’euros) sont couvertes par nos exportations d’électricité (un à deux milliards d’euros), alors que les importations fossiles grimpent à 40 milliards d’euros, sans compter les importations de photovoltaïques et d’éoliennes.

« Les économies de CO2 de 40 % en France qui seraient réalisées grâce au nucléaire sont très surestimées, puisqu’elles supposent que toute notre électricité non nucléaire serait produite à partir du charbon, ce qui n’est guère vraisemblable.C’est plutôt autour de 20 % que se situe l’économie. »

Avant le programme nucléaire, EDF s’apprêtait pourtant à ouvrir des centrales à charbon. Le charbon, c’est ce qu’il y a de moins cher avec les filières nucléaire pour produire de l’électricité

« Le coût imbattable du nucléaire ? Oui, si l’on se contente de l’évaluation actuelle d’un nucléaire largement amorti (les réacteurs du parc français ont en moyenne 26 ans pour une durée de vie prévue de trente) en oubliant soigneusement de prendre en compte la réhabilitation indispensable de ce parc vieillissant, sa mise aux normes post-Fukushima et les frais de démantèlement des réacteurs mis au rebut, qui risquent de doubler ce coût. Même chose si l’on décide de passer à l’EPR, dont les coûts d’investissement atteignent chaque jour de nouveaux sommets.
 »

Ces sommets sont bien moins hauts que les vallées de vos alternatives : faut-il investir 4 euros le watt dans un EPR qui fonctionnera 75% du temps pendant 60 ans ou 1 euro le watt dans une éolienne terrestre qui ne dure que 20 ans et qui n’assure que 7% de sa puissance installée ?

« La liste impressionnante des injonctions de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dans son rapport sur les évaluations complémentaires de sûreté post-Fukushima confirme la vulnérabilité des centrales nucléaires françaises, comme l’augmentation inévitable à venir du coût du kWh d’origine nucléaire, si l’on persistait dans cette voie. Reste l’argument d’autorité : comme nous dépendons à près de 80 % du nucléaire pour notre production d’électricité, nous ne pouvons pas faire autrement que de continuer... Les errements passés serviraient donc de justificatif à la poursuite, contre vents, marées et autres tsunamis !

Est-il possible en France de sortir du nucléaire en vingt ans comme le font les Allemands en dix ans, sans revenir à la bougie et sans ruiner notre pays ? La réponse est positive à condition de poser cette question dans le contexte de la transition énergétique indispensable au niveau mondial : il s’agit, en effet, de permettre à la fois le développement des sociétés émergentes et en développement, de restreindre au mieux nos ponctions de ressources fossiles et de diviser par deux les émissions mondiales de CO2. »

« La sobriété et l’efficacité énergétiques sont au coeur de la transition énergétique qui s’impose pour tous les pays de la planète, permettant la substitution progressive des énergies de stock (charbon, pétrole, gaz, uranium) par les énergies renouvelables (hydraulique, éolien, solaire thermique, thermodynamique et photovoltaïque, biomasse, géothermie, énergies marines). Cette transition, au-delà des avantages énergétiques et environnementaux, est pourvoyeuse de nouvelles activités et d’emplois dans tous les territoires.

Dans cette logique, ce sont bien les économies d’électricité qui deviennent la première priorité dans une France qui n’a jamais fait le moindre effort dans ce domaine, au prétexte que l’électricité nucléaire était abondante et bon marché. Savez-vous que nos voisins allemands, qui en 1999 consommaient par habitant autant d’électricité "spécifique" (l’électroménager, l’éclairage, l’audiovisuel et l’informatique, à l’exclusion du chauffage des logements) que nous, en consommaient 27 % de moins que nous en 2009 ? Et puis il faut mettre fin le plus rapidement possible au chauffage électrique à effet joule (nos convecteurs) et les remplacer par des chauffages plus performants (pompes à chaleur, chaudières à condensation, etc.). Si nous le faisons, nos besoins d’électricité pourraient tomber à 392 TWh en 2020 et 338 TWh en 2030, alors qu’ils atteignent 516 TWh aujourd’hui. »

Quelle illusion, quelle inconscience, alors que face à la crise pétrolière, il faut augmenter la production d’électricité entre 600 et 800 TWh pour alimenter les pompes à chaleur et les transports électriques.

« Comment compenser alors la fermeture programmée des réacteurs nucléaires quand ils atteignent une trentaine d’années en moyenne ? En 2020, le nucléaire ne produirait plus pour les besoins des consommateurs français que 180 TWh contre 365 en 2009. Mais on s’aperçoit que les objectifs de production d’électricité renouvelable du Grenelle de l’environnement, qui atteignent 143 TWh en 2020, permettent de combler une grande part de la demande d’électricité restante. Il suffit de 70 TWh d’électricité d’origine gaz naturel pour boucler le bilan sans augmenter pour autant les émissions de CO2 du secteur électrique par rapport à la situation actuelle. En 2030, la poursuite du développement des énergies renouvelables permet de boucler le bilan électrique malgré l’absence de nucléaire, avec la même participation d’électricité à partir du gaz (70 TWh).
 »

Seulement en 2030, on aura atteint le pic gazier !! Comment faites vous tourner vos centrales à gaz ? Surtout, lorsqu’on utilise seulement la turbine à gaz pour palier aux variations de l’éolien ? En vous retournant vers la biomasse qui ne pourra déjà pas subvenir aux besoins en chauffage et biocarburants.

« A quel coût ? Les calculs montrent que les deux options conduisent à des coûts du même ordre. Dans le scénario poursuite du nucléaire l’investissement indispensable dans de nouvelles centrales pèse sur le bilan. Dans le scénario de sortie, le total des investissements nécessaires à la réalisation des économies d’électricité, des investissements de production et de transport d’électricité est plus faible. Notons d’ailleurs que les incertitudes sur les coûts sont plus importantes dans le cas du maintien du nucléaire que dans celui de la sortie. Contrairement aux affirmations répétées de nos gouvernants, la sortie du nucléaire en une vingtaine d’années est donc possible sans drame. C’est une question de volonté collective. »

Benjamin Dessus est ingénieur et économiste, il a travaillé à EDF, à l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie ;

Bernard Laponche est polytechnicien, docteur ès sciences, il a travaillé au Commissariat à l’énergie atomique.

Et bien, Messieurs, savez-vous vraiment compter ?

Conserver les REP coûtera de l’ordre de un euro le watt, donc une soixantaine de milliards, les dix milliards d’euros demandés par l’ASN, ne changeront pas grand chose à ce total. Avec cette somme vous n’avez même pas de quoi installer les 17 000 éoliennes terrestres de négaWatt, qui seraient usées avant la fin des REP et qui produiraient 4 fois moins, que ces derniers et, en plus, de manière irrégulière.

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