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*Négawatt 2011 : faire perdurer l’illusion

jeudi 29 septembre 2011, par PH

Le nouveau scénario Negawatt est arrivé, en essayant d’entretenir l’illusion que la France peut sortir à la fois, des fossiles et de la filière, nucléaire en 40 ans.

Negawatt ne donne pas de chiffrage économique de son scénario, en effet il conduirait inévitablement à la décroissance économique par les surcoûts des investissements et du dit renouvelable. D’ailleurs les experts Negawatt savent-ils seulement compter ?

Page 25 : Negawatt prétend que la mise en sécurité des réacteurs nucléaires coûtera 60 milliards d’ euros, alors que « mise dans le photovoltaïque aux prix actuels, cette somme aurait permis de financer une production d’électricité solaire supérieure à un an de production de tout le parc nucléaire »

Les mesures de sécurité ne coûteront pas 60 G€, il faut de l’ordre 30 à 45 G€ soit 1 €/W pour financer l’usure du réacteur : au bout de trente ans, on remplace des générateurs de vapeur , des turbines, etc ....Avec la même somme on a de l’éolien terrestre qui produit trois fois moins et surtout irrégulièrement. Il ne faut pas une somme beaucoup plus importante pour augmenter la sécurité des réacteurs. Prépositionner des réserves d’eau coûte à peine quelques millions d’ euros par réacteur.

Ce qui est risible est la fin de la phrase dans un document rédigé par 15 experts : avec 60 G€, on pourrait installer 10 à 20 GW PV qui produiraient surtout en été, lorsqu’on en a le moins besoin, seulement 12 à 24 TWh ; alors qu’annuellement le parc nucléaire en produit plus de 400 TWh.

Mais Negawatt est-il physiquement possible ?

Une France couverte d’éoliennes

Negawatt 2011 prévoit 17 500 machines terrestres soit 175 par département en moyenne et plus pour les départements les plus ventés. C’est à dire 5 fois plus qu’aujourd’hui, alors que déjà certaines régions comme la Picardie crient à la saturation.

La régulation de l’éolien que l’on peut évaluer à une puissance fluctuant entre 5 et 40 GW passe par un procédé chimique coûteux en énergie d’électrolyse de l’eau.

L’illusion photovoltaïque

L’énergie solaire est en opposition de phase avec la demande saisonnière, Negawatt propose de construire 75 GW dont la majeure partie de la production devra être aussi converti en hydrogène. Entre l’éolien et le photovoltaïque, cela fait plusieurs dizaines de GW d’électrolyseurs utilisant du platine. Il est probable que Negawatt a sous-estimé non seulement les coûts physiques et économiques du stockage de l’électricité, mais aussi ceux du renforcement des réseaux électriques que nécessite l’emploi de sources irrégulières d’électricité dispersées aux confins du territoire.

Un recours temporaire et dangereux aux importations fossiles.

Les importations fossiles restent assez élevées chez Negawatt jusqu’en 2040. En voulant abandonner les filières nucléaires en 2033, Negawatt se trouve contraint d’utiliser encore beaucoup d’énergie fossile. Pour décarboner l’économie , il faut, en effet, faire sortir le gaz et le pétrole des bâtiments pour les réserver au transport. Ce qui peut se faire rapidement par les pompes à chaleur, mais beaucoup plus lentement par l’isolation seule. Sachant que le pic pétrolier est prévu vers 2020 et le pic gaz dix ans après, Negawatt a dix ans de retard sur le cours des événements. Les importations fossiles pèseront alors beaucoup entre 2030 et 2040 dans notre balance commerciale, alors que Negawatt aura fermé les dernières centrales nucléaires ...

La religion antinucléaire de Negawatt ferme la porte à des solutions astucieuses.

Si les baisses de consommations énergétiques et les changements de société que propose Negawatt étaient réalistes, il serait encore préférable d’ utiliser les filières nucléaires. La densification de l’habitat permettrait de chauffer une partie des logements par de la chaleur fournie presque gratuitement par le circuit de refroidissement des centrales nucléaires. En voulant interdire l’usage de l’électricité Negawatt limite les pompes à chaleur à 20% et fait exploser les coûts de l’isolation (300 à 400 €/m2) ; avec les pompes à chaleur économiser les derniers kWh devient illusoire et il n’est pas nécessaire d’isoler jusqu’à la valeur extrême de 40 kWh/m2/an, 80 kWh/m2/an suffirait tout en divisant l’investissement en isolation par deux ou trois . Les chauffe-eau solaires à 6000 € sont plus efficacement remplacés par des chauffe-eau Joule qui régulent les productions électriques, etc...

Dans leur aveuglement antinucléaire, les soit disant experts de Negawatt ont mis au point un scénario économiquement irréaliste et physiquement difficile à réaliser.

Messages

  • Sortir en 40 ans ? Negawatt propose de le faire en 22 ans...

    De plus le scénario ne prend pas en compte l’entrée du réacteur de Flamanville (ni celui de Penly évidemment) ou encore le rajout de capacités suite à l’ouverture de l’usine Georges Besse II plus économe en énergie.

    Alors que le nucléaire est un formidable moyen actuellement d’avoir une voiture électrique avec de basses émissions, de fournir les pompes à chaleur et de manière générale de favoriser l’électrification des usages à bas coût, tout en investissant là où on en a besoin : la mobilité, du gaz pour remplacer le charbon et le fioul (première des priorités sanitaires et en terme d’émissions de CO2) et la gestion de la pointe électrique en décalant par différents moyens la consommation (Linky va aider avec les tarifs progressifs).

    Regardons les anglais qui veulent 40% de nucléaire en remplaçant leurs vielles centrales dès maintenant : ils nous envient.

    L’électrification des usages, la sécurité d’approvisionnement, l’indépendance énergétique (certes relative mais nous épargne tellement d’importations de fossiles) et une industrie développée (d’ailleurs que les centrales ferment rapidement ou non, elles fermeront... et ce ne sont pas les écologistes qui vont créer la filière mais bien les professionnels du secteur quoi qu’il arrive !) et tout ça à bas coût pour investir là où on a vraiment besoin d’innovation !

  • Comment concilier le developpement des vehicules electriques avec la production d’electricité hors nucléaire ? faire tourner des generateurs a charbon pour faire rouler des voitures electriques me parait difficile à concevoir.
    Ou en est l’idée de stocker l’electricité sous forme de gaz compressé qui alimenterait des turbines lors des pics de consommation ? j’ai cru lire qu’il existe un proto à Marseille avec un rendement de l’ordre de 90%

    • Bonjour,

      Vous trouverez toutes les techniques de stockage sur les présentations du laboratoire SATIE de l’ENS Cachan. Après avoir fait le tour et observé les productions éolien et solaire tout au long de l’année, on s’aperçoit qu’un EPR ou RNR qui peuvent faire varier leur production à la demande tout en mobilisant peu d’investissement physique, c’est fabuleux.

  • Vous prétendez citer Négawatt :

    « Page 25 : Negawatt prétend que la mise en sécurité des réacteurs
    nucléaires coûtera 60 milliards d’ euros, alors que « mise dans le
    photovoltaïque aux prix actuels, cette somme aurait permis de financer
    une production d’électricité solaire supérieure à un an de production de
    tout le parc nucléaire » »

    Puis vous dites :

    « Ce qui est risible est la fin de la phrase dans un document rédigé par
    15 experts : avec 60 G€, on pourrait installer 10 à 20 GW PV qui
    produiraient surtout en été, lorsqu’on en a le moins besoin, seulement
    12 à 24 TWh ; alors qu’annuellement le parc nucléaire en produit plus de
    400 TWh. »

    Ce ne sont pas les experts de Négawatt qui ne savent pas compter, mais
    vous qui ne savez pas lire, ni citer correctement. Voici le passage
    exact de la page 25 :

    « Mise dans la compensation du « surcoût » actuel du photovoltaïque, 
    cette
    somme permettrait de financer une production d’électricité solaire 
    supérieure à un an de production de tout le parc nucléaire français ; 
    investie en totalité dans la construction de systèmes photovoltaïques 
    elle permettrait de produire plus de 20 TWh par an dès aujourd’hui et 
    pour au moins 20 ans. »

    Votre "citation" de Négawatt n’en est pas une, puisque ce que vous
    reprenez entre guillemets ne figure pas dans le document : il s’agit
    donc d’un mensonge pur et simple de votre part. Jamais il n’a été
    question de produire EN UN AN par le photovoltaïque et pour ces 60 G€ la
    même quantité d’électricité que le parc nucléaire français. En revanche,
    vous remarquerez comme moi que 20 fois 20 font 400...

    Comme le titre même de ce site le suggère (pourquoi energie-gouv.fr si
    ce n’est pour créer volontairement la confusion avec des sites
    gouvernementaux se terminant en .gouv.fr ?), vous êtes simplement en
    train de manipuler l’opinion en faisant passer pour des incompétents des
    gens qui non seulement savent compter, mais informent le public sur la
    base de chiffres qu’ils connaissent sans doute mieux que vous, pour la
    bonne raison qu’ils suivent avec attention et depuis longtemps le
    secteur des énergies renouvelables.

    Quelles que soient les critiques qu’on peut faire au scénario Négawatt,
    cet article montre seulement que vous êtes incapables d’en faire sur une
    base rationnelle et de bonne foi.

    • Bonjour : le texte que j’ai cité entre guillemets est celui qui est sur la version de présentation de Négawatt du 29 septembre. La version du 5 octobre est différente.

      Je vous envoie la version du 29 septembre, j’espère que vous ferez amende honorable.

      Je ne cherche pas à tromper l’opinion, il est inscrit clairement qu’il s’agit d’un site privé, energie-gouv est un moyen d’attirer les visiteurs pas de les tromper. De plus à la présentation Il est clair qu’il s’agit d’un blog et non d’un site officiel. Par exemple, si vous tapez www.bourse.fr, vous ne tombez pas sur la bourse de Paris, on pourrait multiplier les exemples. Enfin mon site est parfois plus cohérent que les sites officiels. On peut lire dans les rapports de l’industrie pétrolière en France de www.industrie.gouv;fr que la production mondiale de pétrole baisserait à partir de 2012 (Llorca 2005 ou 2006), le pouvoir a-t-il suivi cette alerte ?

    • "Faire amende honorable" : vous ne manquez pas d’air ! en effet si la version que vous citez a bien existé, la version actuelle dit exactement la même chose, à savoir compare un coût de mise en sécurité à un coût de production d’une quantité d’énergie, lequel n’a strictement rien à voir avec le coût de construction des moyens pour produire cette énergie en un an (et pourquoi pas un mois ? une semaine ?)...

      À moins bien sûr que vous trouviez naturel de mettre sur un même plan marche à pied, vélo, automobile, TGV et avion au motif qu’ils permettent tous de parcourir des milliers de kilomètres.

      Concernant votre nom de site, il est clair en effet vu son "look" typiquement spip qu’il ne s’agit que d’un blog, mais tout de même, c’est un procédé proche du racolage.

    • C’est assez amusant : vous me dites que je ne comprends un texte simple de Négawatt, alors que Négawatt publie un chiffre faux sur le coût de mise en sécurité des REP, chiffre dont vous avouez avoir, par ailleurs, aucune idée, avec le coût de production d’une électricité qui n’est pas de même nature que celles issues des REP. ll est naturel de rapprocher le chiffre cité du montant des investissements qu’ EDF compte consacrer à l’entretien du parc. On a alors deux investissements.

      Négawatt compare le coût de sources d’ électricités très différentes, qui n’ont donc pas la même valeur économique, à partir de chiffres qu’elle ne maîtrise pas.

      Il ne s’agit pas seulement de lire un texte mot à mot, mais de l’associer à la nature des choses, à des phénomènes et à des ordres de grandeurs.

      De ce point de vue là, il semble bien qu’une bonne partie de Négawatt soit une fiction.

    • Je ne perdrai pas davantage de temps avec quelqu’un qui ne sait pas reconnaître ses erreurs, ayant l’habitude d’être compris en cinq minutes par des étudiants de L2 sur des sujets aussi basiques que celui-ci.

      Quant à parler de "chiffre faux" sur le coût de mise en sécurité des REP, j’aimerais bien savoir quelles sources fiables vous permettent d’avoir une idée précise du montant ! Il est fort probable que les responsables des centrales eux-mêmes l’ignorent, ou avancent un chiffre qui, comme pour le coût de construction d’un EPR, aura largement le temps d’évoluer d’un facteur 2 entre le début et la fin des travaux.

    • J’ai en effet une idée assez précise de la manière de rendre plus sûrs des REP et je n’ai pas besoin comme vous de sources pour l’estimer. Se serait plutôt à Negawatt de justifier son chiffre.

      Au sujet du coût croissant du prix de l’EPR, si le kWh issu de celui-ci est passé de 4 à 6 ou 7 c€/kWh : le tarif de rachat du kWh l’éolien marin est passé lui beaucoup plus rapidement de 13 c€ à 18 c€ . Que ce soit pour les sommes, comme pour les doses absorbées, les antinucléaires ont en effet un problème avec la relation d’ordre.

      Plusieurs personnes à qui j’ai soumis la citation de la première version Négawatt trouvent celle-ci également ambiguë. Il s’agit d’ une certaine manière de présenter les chiffres, comme on commence à en avoir l’habitude.

      Pour un texte si clair, on se demande pourquoi Négawatt s’est empressé d’en changer la rédaction.

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