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Le Monde récidive : Stéphane Lhomme est de retour

Le Monde du 2 février 2011

mercredi 2 février 2011, par PH

Nous ne cachons pas que sur énergie-gouv.fr, nous souhaiterions nous aborder des problèmes de fond comme nous l’avons fait pour la saisonnalité et le prééquipement, mais à peine remis du médiocre reportage de son journaliste à Alicante, Le Monde récidive en invitant l’ancien porte-parole de Sortir du Nucléaire. Il faudrait compter combien de fois Monsieur Lhomme aura écrit dans le Monde par rapport à des physiciens ou des ingénieurs.

Comme d’habitude nous avons un de ces articles stéréotypés : une énumérations d’exemples courts et juxtaposés associés à des jugements de valeur. Pas d’explications, peu de chiffres, peu de bilan, pas de mise en perspective historique, pas de choix. Ceci n’est pas sans rappeler Madame Lepage. Nous commentons le long article

LEMONDE.FR - 02.02.11 - Point de vue - Par Stéphane Lhomme, président de l’Observatoire du nucléaire

« L’énergie nucléaire est en déclin en France et dans le monde

Sept parlementaires UMP ont signé une tribune le 17 janvier sur LeMonde.fr dans laquelle ils appellent la France à garder son "avance" dans le secteur de l’électro-nucléaire. Cette tribune nécessite plusieurs rectifications de taille. Avant tout, et contrairement à ce qui est prétendu depuis des décennies, la France ne fait aucunement preuve de maestria dans le secteur nucléaire. »

Laissons le lecteur constater : Il y-a-t-il beaucoup d’autres pays qui maîtrisent l’intégralité de la chaîne nucléaire : de l’extraction au stockage géologique profond ?

« C’est peu connu, mais 54 des 58 réacteurs nucléaires français sont en réalité américains : au début des années 1970, c’est la technologie de Westinghouse qui a été choisie (et payée fort cher) par EDF au détriment de la filière française "graphite-gaz" développée par le Commissariat à l’énergie atomique. »

En effet, après la seconde guerre mondiale, l’énergie nucléaire s’est développée très rapidement. Chaque pays n’a pu tester toutes les filières. La France faute de capacité d’enrichissement a mis au point une filière à uranium naturel et une filière à neutrons rapides (surgénérateurs). La filière a uranium naturel avait l’avantage de fournir le plutonium aux surgénérateurs mais surtout à notre force de frappe, sans cette filière Monsieur Lhomme aurait peut-être préféré que nous installassions des Pershings sur notre sol ?

En 1973, il s’est révélé que les réacteurs à eau pressurisée (REP) était supérieurs techniquement pour la production d’électricité . D’ailleurs 80% des réacteurs sont de ce type aujourd’hui dans le monde. Les REP sont effectivement une technologie d’origine américaine, nous avons donc mis notre orgueil au placard pour suivre la voie de la raison ; cependant nous avons francisé les brevets et améliorés la filière. Ainsi nous avons pu nous libérer des accords avec Westinghouse dès 1982. Nous avons alors conçu des réacteurs plus gros et modulables. Enfin lorsque les américains ont abandonné le déploiement du nucléaire après l’incident de TMI, ce sont les industries françaises qui fournissaient les couvercles de cuve aux centrales américaines. C’est vrai que la situation n’est plus aussi faste , après 20 ans d’arrêt de construction de réacteurs, c’est l’industrie lourde de Mistubishi (MHI) qui remplace nos générateurs de vapeurs, mais à qui la faute ? Qui a arrêté la construction de centrales en 1997 ?

« - L’usine d’enrichissement de l’uranium, actuellement en construction au Tricastin (Drôme), va utiliser des centrifugeuses payées par Areva à son concurrent Urenco (Allemagne, Pays-Bas, Grande-Bretagne) : contrairement à divers pays dont l’Iran, la France nucléaire ne maîtrise pas le technologie des centrifugeuses. »

L’usine de Tricastin à diffusion gazeuse a particulièrement bien fonctionné, entre temps la France a testé un procédé d’enrichissement par laser (SILVA), qui a été abandonné. On ne peut pas réussir à chaque fois et nous avons opté pour une autre technique européenne. L’usine sera toujours sur notre sol. Quoiqu’il en soit, nous maîtrisons toujours le cycle du combustible. En plus, les perspectives de la centrifugation vont nous permette d’exploiter l’uranium appauvri que nous avons accumulé.

« - Aucune solution n’existe pour les déchets nucléaires produits depuis cinquante ans en France : les envoyer en Sibérie (comme le fait EDF) ou les enfouir dans le sous-sol (comme c’est prévu à Bure, dans la Meuse) sont des options irresponsables mais en aucun cas des solutions. »

Nous n’envoyons pas de déchets nucléaires en Sibérie, Monsieur Lhomme peut-il affirmer que ce que nous appelons déchet nucléaire, c’est à dire unproduit de fission ou un actinide mineur est envoyé en Russie ? Non , nous avons envoyé de l’uranium de retraitement en Russie, mais que M. Lhomme se rassure la nouvelle usine de Tricastin pourra désormais traiter l’uranium de retraitement sur le sol français.

Ceci est assez amusant, car les antinucléaires nous expliquent par ailleurs, que le stockage géologique est bien accepté par la population lorsqu’il s’agit de ... sortir du nucléaire et ils donnent l’exemple suédois, le centre de stockage Forsmark qui était dirigé par une antinucléaire. En revanche pour Monsieur Lhomme , il s’agit d’une option irresponsable

« - EDF peine à exploiter correctement son parc de 58 réacteurs dont la disponibilité est tombée à 75 % lorsque d’autres pays (Belgique, USA) sont à plus de 90 %. Cela signifie que, en France, un réacteur nucléaire est arrêté un jour sur quatre en moyenne. Et dire que les pro-nucléaires reprochent aux éoliennes de ne pas tourner tout le temps… »

Les autres pays n’ont pas un parc à 80% nucléaire mais plutôt un parc à 80% charbon qui émet énormément de CO2, est-ce le modèle de M. Lhomme ? Lorsqu’on a un parc à 80% nucléaire, on adapte le parc nucléaire à la demande saisonnière , et lorsqu’on un parc 80% charbon, on adapte le parc charbon, qui ne tourne pas 90% Mais Monsieur Lhomme devrait se demander pourquoi on fait tourner le parc nucléaire à pleine puissance lorsqu’on le peut .... Si les réacteurs nucléaires ne fonctionnent pas à 100%, c’est parce qu’il module leur production à la demande : la veille, on programme les réacteur pour répondre à une courbe de demande prévue, si les prévisions ne collent pas tout à fait à la demande qui dépend des consommateurs et maintenant du parc éolien, on ajuste avec la production hydraulique.

« - Les réacteurs purement français ont connu des déconvenues majeures : les "graphite-gaz" sus-cités (dont une dizaine d’exemplaires, arrêtés depuis des décennies, restent à démanteler), le surgénérateur Superphénix (10 milliards d’euros gaspillés en vain), et actuellement l’EPR (réacteur nucléaire de troisième génération) qui connaît les pires déboires sur les chantiers de Finlande et de Flamanville (Manche). »

Qu’est-ce qu’une déconvenue majeure pour Monsieur Lhomme ? Une fusion partielle de cœur dans un UNGG en mai 1980 ? J’invite Monsieur Lhomme à comparer cette déconvenue avec les déconvenues majeures des industries fossiles, c’est à dire les marées noires, intoxications au monoxyde de carbone.

Le réacteur N4 est purement français et il fonctionne très bien.
Le surgénérateur Superphénix a fonctionné très bien toute l’année 1996 faut-il rappeler que la majorité des ses arrêts de Superphénix
reposent sur une opposition administrative comme le refus de Ségolène Royal d’autoriser le redémarrage du réacteur en 1992 ?

La tête de série EPR a un peu de retard, est-ce un des pires déboires nous en reparlerons lorsqu’il faudra remplacer les éoliennes dans vingt ans, l’EPR sera alors amorti ...

« De fait, il n’y a rien de surprenant à ce que l’EPR ait été recalé par l’émirat d’Abu Dhabi qui a préféré des réacteurs sud-coréens, révélant au passage à l’opinion française que son industrie nucléaire n’était pas la "championne" si souvent vantée. »

Plusieurs facteurs expliquent l’ échec de notre industrie nucléaire à Abu Dhabi :

- les Coréens n’ont pas cessé de construire des réacteurs, alors que la France a fait une pose de 20 ans.
- Les Coréens s’imposent des contraintes de sécurité plus faibles que celles auxquelles est soumis le réacteur franco-allemand EPR
- Les Coréens bénéficient d’une monnaie plus faible.
- Les Coréens ne travaillent pas 35 heures

On s’amusera à chercher parmi ses facteurs ceux qui résultent des choix de la majorité plurielle en 1997 ?
(...)

(...)

« D’ailleurs, le président-directeur général d’EDF bataille fermement ces temps-ci avec ses concurrents, à commencer par GDF-Suez, pour leur vendre le plus cher possible le courant produit par les centrales nucléaires. Curieux retournement de l’histoire : après avoir prétendu pendant des décennies que le prix de l’électricité nucléaire était très bas, EDF, désormais obligée par la loi d’en vendre une partie à ses concurrents, reconnaît subitement que cette électricité est très chère à produire.
 »

Il s’agit de la phrase la plus risible ce cet article du Monde :
Si EDF propose de vendre l’électricité très chère à 4,6 c€/kWh alors qu’en est -il de celle que propose de produire M. Lhomme en 2008 à la tête de Sortir du Nucléaire, qui expliquait alors que le tarif de rachat du photovoltaïque à 15 c€/kWh n’était pas assez élevé :

« Mais seule une augmentation substantielle du tarif d’achat du kWh solaire permettrait au marché français de décoller (15 centimes/kWh actuellement) contre 37 à 49 centimes d’euros pour l’Allemagne. En France, on est loin du compte…
 »
 [1]

Il vaut mieux en rester là. Comment ce fait-il qu’un texte aussi lamentable soit accepté par le journal Le Monde ?


Voir en ligne : http://www.lemonde.fr/idees/article...


[1la revue sortir du nucléaire numéro 39.] page 18 avant dernier paragraphe : http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=sinformer&sousmenu=revue&page=article&id=466&num=39

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