Accueil > Questions énergétiques > Désinformation manifeste > *Quand Le Monde confond une usine d’alicament avec une usine de (...)

*Quand Le Monde confond une usine d’alicament avec une usine de biocarburant

Le Monde du samedi 29 janvier 2011 page 4

lundi 31 janvier 2011, par PH

Lorsque nous avions écrit que la rubrique désinformation au lieu de commencer par un article du Figaro, aurait dû commencer par le pseudo journal de référence, quotidien du soir, nous ne nous étions pas trompés. Le Monde n’a pas tardé à raconter n’importe quoi.

Dans le numéro du samedi 29 janvier 2011, selon Pierre Le Hir , « la révolution du pétrole bleu » a lieu à Alicante. Cet article nous a été signalé par le résumé : « un baril de biocarburant à 30 $. » C’est,en effet ce qu’en a retenu un lecteur. Ce serait une révolution en effet : la fin des chocs pétroliers , mais aussi celle de l’exploitation des sables bitumineux en Alberta, et aussi de celle de l’off-shore profond. Des conséquences immédiates qui se chiffreraient en milliards d’ euros et un tournant pour l’ approvisionnement en énergie de l’humanité.

En effet procédé mis en œuvre par Bio Fuel Systems à Alicante permet de convertir du CO2 en carburant. En allant sur le site de l’entreprise (pas sur le journal) le bilan carbone se répartit comme suit :

Sur 100 kg de carbone issus de la combustion, du charbon :

20 à 25 kg sont convertis en carburant

2 kg sont compléments alimentaires à haute valeur ajoutée (oméga-3 , oméga-6, etc...)

23 kg sont relâchés dans l’atmosphère.

Le reste est neutralisé sous forme solide.

Ainsi les centrales électriques fossiles, les cimenteries et les aciéries pourraient diviser par quatre leurs émissions de CO2, tout en convertissant le quart du carbone en carburant : par exemple 7 à 8 Gt de charbon, consommés aujourd’hui fourniraient en surplus 1 à 2 Gt de carburant , presque la demande mondiale en carburant.

Le lecteur remarquera qu’il faut quand même consommer du carbone à la base. Le procédé est donc analogue au retraitement dans l’industrie nucléaire.

Comme d’habitude la désinformation se cache sous la surinformation, l’article est assez complet, il mentionne les autres recherches dans le monde, les autres produits commercialisés et leur prix et que ceux-ci permettent de sortir un baril à 30 $.

Mais il manque ce petit brin d’esprit d’analyse, de synthèse ou tout simplement d’esprit critique, qui ferait que ce journal serait bien au-dessus des feuilles de choux que l’on distribue gratuitement à la sortie des bouches métro : a priori, de simples accumulations de faits ou de dépêches AFP, mêlées à de la publicité.

Ainsi après avoir annoncé « la révolution du pétrole bleu », l’auteur finit son article par les investissements sur les algocarburants ailleurs dans le monde et conclut par les perspectives de Bio Fuel Systems : « À terme, l’entreprise vise la construction « de méga-usines », couplées à de grosses installations industrielles émettrices de CO2 ». Le dirigeant de l’entreprise ne projette-t-il pas de faire produire par ce procédé 20 millions de barils par jour d’ici 2020 ? (le quart des besoins). Le 31 janvier le journal TF1 reprend l’article du Monde sur un ton très optimiste sans les détails.

Le journaliste du journal Le Monde ne s’est pas demandé pourquoi les autres entreprises n’aboutissaient pas au même résultat, pourquoi en France des organismes aussi divers que le CNRS ou l’ INRIA envisagent au moins dix ans de recherche sur le sujet ...

Il est d’autant plus impardonnable, qu’il connaissait le prix des produits secondaires, prix que nous sommes allés évaluer nous-mêmes, à partir du prix des gélules d’acides gras : 100 €/kg. Il aurait donc pu faire ce petit calcul de certificat d’études :

Si Bio Fuel System pour 10 kg de bioacarburant à 0,2 €/kg vend aussi 1 kg d’omega-3 à 100 €/kg, à combien Bio Fuel System doit-il vendre ses 10 kg de bioarburant sans vendre d’omega-3 ?

Réponse : 102 € !

Le biocarburant à partir d’algues revient donc à 10 €/kg comme partout ailleurs, et à 10 €/kg, on ne fait pas de « révolution » !

Bio Fuel System n’est pas une usine biocarburant, mais une usine d’alicament. Il fallait donc se demander combien de biocarburant permet la production d’alicament : si la retraitée ménopausée prend consciencieusement ces 1,5 g d’acides gras par jour, elle peut espérer seulement 15 g de carburant. Bio Fuel System contribuerait un peu plus au recyclage du carbone que ... la production d’huîtres et de coquillages, c’est à dire très marginalement : il nous faut aujourd’hui en France, 2,4 kg de carbone sous forme de pétrole par jour et par personne.

Après Noël, Le Monde vous a fait croire au Père Noël, vous vous sentez abusés. Alors demandez-vous comment ce journal vous informe sur des sujets comme la mondialisation, l’éducation ou la politique monétaire ....


Voir en ligne : Le site de la société Bio Fuel Systems


Après des entretiens avec un spécialiste des algues, il semble que les acides gras synthésisés dans ce type de réacteur, ne pourraient pas être agrées pour la consommation alimentaire.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?