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BILAN CARBONE DU NUCLÉAIRE

*Benjamin Sovacool ne sait pas faire de moyenne

lundi 20 septembre 2010, par PH

En 2008 est paru un article de Benjamin Sovacool dans le numéro 35 de Energy Policy prétendant déterminer les émissions de gaz à effet de serre des centrales nucléaires.

Benjamin Sovacool ne part pas d’un calcul direct, mais de 103 études précédemment publiées. Normalement pour faire une moyenne des émissions nucléaires mondiales, il faudrait faire une étude pays par pays puis pondérer par le nombre de réacteurs par pays, mais ce n’est pas ce que fait Benjamin Sovacool, celui-ci fait une moyenne d’études, ce qui lui permet de citer plusieurs fois des études très critiquables comme celle de Storm van Leeuwen. En utilisant plusieurs fois les valeurs défavorables il déplace la valeur moyenne. Évidemment les partis antinucléaires utilisent la conclusion de cette étude.

Nous allons montrer que cette étude se contredit elle même, qu’elle n’est en aucun cas représentative du nucléaire mondial, encore moins du nucléaire français. Pour cela nous proposons de majorer les émissions de GES par des données économiques.

Nous montrerons enfin que les émissions de gaz à effet de serre du nucléaire très faibles auront encore tendance à décroître dans le futur.

Voici ce que présente Benjamin Sovacool pour le nucléaire mondial :

Une incohérence flagrante avec le bilan de l’éolien

Benjamin Sovacool cite des émissions de 10g CO2/kWh pour l’éolien. Mais alors sachant qu’un EPR utilise 10 fois moins de béton et d’acier et 6 fois moins de transport qu’un parc éolien équivalent, comment les centrales nucléaires qui sont moins bétonnées que l’EPR pourraient-elles émettre 20g de CO2/kWh pour leur construction et leur démantèlement ?

Pour être en accord avec l’éolien, et en faisant un calcul direct [1] il est raisonnable d’attribuer 1 à 2g CO2/kWh pour la construction et la déconstruction.


Des émissions lors de l’extraction impossibles économiquement

Qu’est-ce qui permet l’extraction : ce sont des camions, des pompes, des machines de concassage. Il donc raisonnable de penser que l’énergie vient du pétrole. Voyons comment on évolué le coût de la livre d’uranium ( 0,454 kg) et du baril de pétrole (159 L) sur une longue période.

On ne peut pas consommer plus de pétrole que le permet le prix de vente de la livre d’uranium. Or sur une longue période la livre d’uranium permettait seulement d’acheter un demi-baril et parfois même seulement un quart. Or un baril émet 127 kg de carbone soit 466 kg CO2.

Comme dans les réacteurs actuels c’est à dire majoritairement sans retraitement, il faut 21,7 g pour fournir un MWh, une livre permet donc de produire 21 MWh pour le coût d’un demi baril, c’est à dire pour une émission maximum à partir de pétrole de 11 gCO2 par kWh.

Quel est l’ordre de grandeur raisonnable de la consommation de pétrole pour l’extraction sachant qu’il faut payer les ouvriers, l’amortissement des équipements, les royalties... Probablement 1/10 de cette valeur maximale, c’est à dire comme l’indiquent les études sérieuses autour de 1 gCO2 par kWh.

Faut-il vraiment considérer les sources d’électricité externes dans le bilan carbone de l’enrichissement ?

L’enrichissement par diffusion mobilise environ 5% de l’électricité produite par les réacteurs nucléaires. Dans ce cas chaque kWh nucléaire contient 5% du contenu carbone du kWh moyen. Dans le cas de pays nucléaires en retard par rapport à la France, l’électricité est encore très carbonée : la répartition du parc est généralement la suivante : 20% nucléaire, 10% hydraulique et 70% fossile. Ainsi l’électricité produite dans le pays à 700g CO2/kWh induit un contenu carbone du à l’enrichissement par diffusion de 35 gCO2/kWh.

Pour la majorité du parc nucléaire mondial, on peut donc majorer le contenu carbone du kWh nucléaire par 2+11+35 = 48 gCO2/kWh. Ce qui est bien en dessous des valeurs maximales et moyennes de l’étude de Benjamin Sovacool. En prenant en compte les valeurs estimées et en tenant compte des différentes techniques d’enrichissement 2+1+35x0,6 = 24 gCO2/kWh

Le cas particulier de la France nous conduit à un autre point de vue

En France, le calcul suivant avec une électricité carbonée à 10% par des centrales à charbon, donne 5 gCO2/kWh (et encore moins si on considère le détail du parc fossile, ce qui nous donne un bilan global autour de 6g CO2/kWh).

Maintenant considèrons que l’usine d’Eurodiff est alimentée uniquement par les réacteurs nucléaires de Tricastin. En ordre de grandeur, il suffirait d’ajouter 5% au contenu carbone calculé hors enrichissement. De même pour le site de stockage, on peut ajouter le contenu carbone de la construction de 3 EPR. Le bilan du parc nucléaire français doit être augmenté de l’équivalent de 5% en construction pour l’aval du cycle.

Pourquoi l’industrie nucléaire devrait-t-elle assumer le contenu fossile de l’électricité dû à l’arrêt du programme nucléaire en 1997 ?

Pourquoi l’industrie nucléaire devrait-elle assumer le contenu carbone des autres énergies du bouquet électrique ?

L’enrichissement ne devrait jouer seulement qu’à travers le bilan énergétique.

Si on considère que seules les centrales nucléaires contribuent à l’enrichissement de l’uranium qu’elles utilisent, le calcul des émissions du parc nucléaire mondial devient : (2+1)1,1 = 3,3 gCO2/kWh

Encore moins d’émissions dans le futur.

Dans les calculs précédents, nous avons considéré que l’enrichissement avait lieu uniquement par diffusion gazeuse, en fait une partie des capacités d’enrichissement sont déjà assurées par la technique de centrifugation (URENCO, JFNL, usine Georges Besse II) qui réclame 20 fois moins d’énergie. La centrifugation permettra également d’augmenter la ressource en matière fissile d’environ 50% sans recours au minerai, la quantité d’électricité par kg d’uranium naturel extrait augmentant , le bilan carbone en est encore plus favorable.

Pour les prochains siècles, les surgénérateurs ne réclameront pas d’extraction de minerai, les réacteurs au thorium utilisent 200 fois moins de matière. Les émissions de GES seront encore plus faibles.

L’étude de Benjamin Sovacool ne rend pas compte des émissions du parc nucléaire mondial présent ou futur. C’est une publication idéologique destinée être récupérée politiquement. Par ses incohérences et ses invraissemblances cette publication ne peut être considérée une publication scientifique.


Voir en ligne : le texte de la publication


[1EPR 550 000 m3 de béton, 50 000 tonnes d’acier pour 13 TWh par an pendant 60 ans

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