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L’intox d’Yves Lenoir dans Médiapart, concernant la mortalité infantile après Tchernobyl.

vendredi 26 avril 2013, par PH

Yves Lenoir est un ingénieur en électricité qui a travaillé dans un laboratoire de mathématiques appliquées de l’Ecole des Mines de Paris. Nous avions déjà eu à faire à une de ses interventions dans un grand quotidien du soir, il y a une vingtaine d’années, il écrivait alors que la complexité du cycle de l’eau rendait impossible la modélisation du climat. L’article semblait sérieux, puis après une initiation nous nous sommes aperçus que les météorologues avaient pris en compte ce facteur.

Cette expérience a donc mis notre sens critique en éveil. Cette fois ci, Yves Lenoir, qui est président d’une association antinucléaire [1], prétend attribuer«  au moins 62 730 décès » de nourrissons à l’accident de Tchernobyl et cela, en utilisant seulement des courbes de mortalité globale ! La méthode correcte aurait consisté à suivre la santé des enfants de liquidateurs et à la comparer à la mortalité infantile dans la population générale. Mais la foi antinucléaire conduit parfois à utiliser des raccourcis ...

La méthode expérimentale court-circuitée par la foi

Pour Yves Lenoir, la tendance à la diminution de la mortalité infantile est générale, il n’hésite pas à comparer des pays comme l’ Afghanistan où le taux a chuté de 253 à 72 décès pour mille naissances avec des pays comme la Lettonie où le taux passe de 22 à 7 Selon lui, la remonté de 16 à 19 décès pour 1000 naissances, serait le signe que les enfants de liquidateurs auraient une santé plus fragile. Car c’est pendant cette période que liquidateurs sont devenus parents.

La mortalité infantile indiscutablement liée à l’état de la société

Les hypothèses de Yves Lenoir sont invalides et montrent quelqu’un coupé du réel  : le taux de mortalité des enfants de moins de un an, ne dépend pas seulement de leur capital génétique, ; mais surtout du système de soins dont ils peuvent bénéficier et dont leur mère a pu bénéficier pendant leur gestation. On le constate sur l’exemple de l’Afghanistan, le taux de mortalité infantile y est dix fois plus élevé sans grande différence génétique de la population et on pourrait aussi le montrer par l’étude statistique des familles afghanes réfugiées dans des pays de l’OCDE.

Un contre exemple historique célèbre

Le taux de mortalité infantile dans l’ex URSS n’a pas décru continuellement comme le prétend Lenoir et il ne croît pas forcément par l’influence d’une faible dose de radiations reçue par un un parent : Emmanuel Todd avait déjà prédit la chute de l’URSS en 1976, en analysant la remontée du taux de mortalité infantile en URSS de 1970 à 1973, le même changement avant Tchernobyl.

L’effondrement du système soviétique : une transition douloureuse

Et ce ne sont pas les liquidateurs qui font remonter le taux de mortalité infantile, mais la crise grave qui suit l’effondrement de l’URSS. Les causes de mortalité infantile sont les maladies respiratoires aiguës, les infections, des maladies virales comme la rougeole, le sida... Leur prévalence dépend de l’état de la société. Pour avoir une idée une idée de l’ampleur de cette crise nous reproduisons le diagramme (en bâtons) de la mortalité infantile avec la courbe du PIB par habitant [2]. La diminution de revenu a été supérieure à celle qu’ont connu les pays occidentaux pendant les années trente !
Si l’on ne peut plus consulter un médecin, si on ne peut plus avoir accès aux antibiotiques, si on ne peut plus s’occuper de son enfant, si on ne peut plus chauffer convenablement son logement, etc... Le risque pour un nourrisson croît.

Mais ce ne sont pas seulement les facteurs économiques qui entrent jeu, il faut aussi prendre en compte la désorganisation de la société : la mutation du système de soins autrefois gratuit, l’alcoolisme, l’exode de médecins, la montée de la criminalité (prostitution, drogue, sida), après un tel choc, comment prétendre de 3 nourrissons sur 1000 ne risquent pas d’en faire les frais ?

L’intox d’Yves Lenoir ne peut donc contredire les résultats antérieurs : les descendants ne sont pas touchés par une faible irradiation des parents.

Yves Lenoir cite la conclusion du forum Tchernobyl : «  Given the range of absorbed doses received by the vast majority of parents prior to or during conception, the Chernobyl epidemiological studies are consistent with evidence in previous scientific literature. They do not indicate a radiation related increase in malformations or infant mortality as a direct result of radiation exposure. » Malgré beaucoup de prétention, Yves Lenoir n’a pas réussi à contredire la littérature passée. La relation logique serait donc qu’en évitant l’usage du charbon et en permettant d’augmenter le bien-être par une énergie accessible, le nucléaire réduit la mortalité infantile.


Voir en ligne : L’article d’Yves Lenoir, invité de Mediapart


[1Enfants de Tchernobyl Belarus

[2en dollars constants et parité de pouvoir d’achat

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