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15 litres par seconde !

mercredi 7 novembre 2012, par PH

Les opposants à l’énergie nucléaire civile ont tendance à la décrire comme un objet qu’on ne maîtriserait pas. On ne contrôlerait plus le réacteur qui s’emballerait, et on irait vers un accident majeur : on évoque Tchernobyl ou le syndrome chinois etc...Dans les types de réacteurs que nous exploitons, la vérité physique est différente : il s’agit de maîtriser un dégagement de chaleur résiduelle. Certes le dégagement thermique peut encore provoquer la destruction des gaines de combustible, même un percement de la cuve, et même un dégagement de quelques éléments radioacitfs, mais il finit inéluctablement par décroître.

Quel accident majeur pourrait arriver sur un de nos réacteurs, si on ne faisait rien ?

Ce scénario imaginaire suppose l’absence de tous les moyens de refroidissement c’est à dire les trois ou quatre générateurs de vapeurs et des deux circuits de refroidissement à l’arrêt et de l’aspersion. Même si les barres ne tombent pas, la réaction nucléaire s’arrêterait avec la disparition de l’eau dans le réacteur. Dans ce cas, après quelques heures, il y aurait des relâchements d’éléments radioactifs. Il faudrait alors évacuer la population à 10 à 20 kilomètres à la ronde pendant une semaine pour la protéger de l’iode 131. Grâce aux filtres à sables les dépôts de césium seraient inférieurs à la contamination terrestre autour de Fukushima. La majeur partie de la radioactivité resterait contenue dans l’enceinte, le corium se refroidirait sur le béton sacrificiel.

Que ferait-on après ?

On laverait les surfaces artificilialisées (routes, toits etc..), ce qui permettrait de récupérer ou de diluer le césium. Si les dépôts de césium sont faibles dans un champ, un labour profond permettrait d’entraîner le césium en profondeur ; sinon, on pourrait toujours cultiver des plantes énergétiques. La biomasse serait ensuite gazéifiée, la décontamination aurait lieu à ce stade. Comme le montre l’accident de Fukushima, la surface de territoire interdit serait inférieure à celles des parcs éoliens qui produisent la même quantité d’électricité, du moins s’il est possible de comparer la production fluctuante de l’éolien à la production programmable d’un réacteur nucléaire. Pour le bilan sanitaire : à part les effets de stress, on ne pourrait déplorer aucune conséquence sur la santé de la population. À Fukushima, les doses reçues par la population sont inférieures au seuil de risque.

Retour vers le réel

Il s’agissait là d’un scénario extrême, car il paraît impossible que l’on laisse le réacteur sans aucun refroidissement. Pour éviter tout relâchement de radioactivité, il suffit de refroidir le réacteur. Sur les réacteurs français, des réserves d’eau, ainsi qu’une alimentation en eau de ses réserves ont été prévues pour refroidir le réacteur. Nos réacteurs contiennent déjà de quoi tenir une semaine grâce à un volume d’eau en réserve, de l’ordre du millier de mètrecubes, soit quelques pourcents du volume de l’enceinte de confinement. Ces réserves d’eau sont indiquées sur ce schéma del’IRSN lors de l’incident de Cruas en 1999.
Supposons que l’on souhaite intervenir dès la première heure, on aurait alors consommé à peine une centaine de mètrecubes d’eau, quelle quantité d’eau faut-il apporter pour refroidir suffisamment un des réacteurs de Fessenheim ?

Et bien, une heure après l’arrêt la puissance résiduelle qui est due au à la désexcitation des produits de fission dégage 35 mégawatts, l’équivalent de 35 mille fer à repasser. Quelle quantité de vapeur faut-il produire pour évacuer une telle puissance thermique ?

L’eau est un des liquide qui se vaporise le plus difficilement , son enthalpie de vaporisation vaut 2200 kilojoules par kilogramme de sorte qu’il faut à peine 15 litres par seconde pour éviter tout accident ! Un seul homme homme serait donc capable de refroidir le réacteur en branchant une lance à incendie sur l’alimentation en eau des générateurs de vapeur comme le montre la Force d’action rapide nucléaire en prélevant l’eau du fleuve à l’aide d’une pompe de quelques kilowatts :

Retour sur Fukushima

Il n’est pas si difficile de maîtriser un réacteur, du moins pas autant que le veulent le faire croire les antinucléaires et les journalistes. L’accident de Fukushima n’est donc pas un accident de l’industrie nucléaire ; mais un accident du nucléaire japonais ou bien un accident de la filière des réacteurs à eau bouillante. En effet, alors que le principe de base de la sûreté nucléaire en France , est de tenir compte des accidents dans le monde et de faire évoluer les réacteurs, l’autorité de sûreté nipponne vérifiait seulement si le réacteur était conforme aux prescriptions d’origine, c’est à dire pour Fukushima, à celles qui avaient définies par Général Electric lors de la construction en ... 1968. Il n’y avait donc pas comme dans nos réacteurs de filtres à sables ou de recombineurs passifs d’hydrogène qui auraient évité les explosions. De plus, même si le tsunami et le tremblement de terre avaient fait des dégâts , même si les toutes les routes étaient devenues impraticables ; le reste du Japon était indemne et aurait dû réagir, comme il aurait fallu qu’il réagisse entre le 6 et 9 août 1945 pour que Hiroshima évite Nagasaki. À Fukushima, On aurait dû voir un ballet d’hélicoptères. Car un hélicoptère pouvant transporter entre une et cinq tonnes, il aurait suffi de trois à dix rotations par heure pour amener la quantité d’eau douce nécessaire. Au lieu de ceci, le premier ministre japonais est venu sur le site, puis est reparti sans rien organiser.

Arrêtons de nous faire peur

Penser que nous ne serions pas capable d’apporter 15 litres par seconde à chacun de nos réacteurs, signifierait qu’il faudrait aussi renoncer aux dépôts d’hydrocarbures dont la sécurité réclame de mettre en œuvre en des temps très courts des débits d’eau plus importants.

Sécurisons des réserves d’eau, même si la centrale est à proximité d’un fleuve, prévoyons de faire intervenir encore plus rapidement la Force d’action rapide nucléaire ; mais ne fermons pas Fessenheim !

Messages

  • 15 litres par seconde, c’est en fait 54 tonnes par heure. Par contre, après une journée, cela descend encore d’un facteur 3 (après la réduction est plus lente), soit 18 t/h. Il y avait tout de même 2 réacteurs à refroidir, plus le 3ème moins puissant.

    Vladivostok, le plus stratégique des ports russe, se trouve à environ 1000 km de Fukushima-daiichi, soit un peu plus de 3 heures de vol pour l’hélicoptère lourd MI 26 et largement dans sa portée même sans réservoir supplémentaire. La variante tanker TZ a un réservoir d’un contenance de 14 000 litres. Les modèles standard peuvent porter 20 tonnes. Bref en ravalant leur fierté et en demandant de l’aide aux Russes, il semble que c’était largement faisable.

    On notera aussi que laradioactivité.com en arrive à la conclusion qu’avec un peu moins de malchance une grande partie de la contamination aurait pu être évité, car la conclusion de leur examen de la chronologie des évènements et des rejets est que c’est l’explosion du réacteur 2 qui a de loin provoqué le plus de contamination. Or celle-ci a eu lieu le 15 mars alors que le 14 le contrôle de la situation commençait à être repris avec un camion de pompier arrivé sur place avec un générateur électrique, qui avait commencé l’injection d’eau de mer dans ce réacteur. Mais l’explosion du 3 a abimé ce camion et stoppé l’injection, TEPCO a ensuite commencé à perdre le contrôle du réacteur 2 (trop de pression, valve bloquées) ce qui l’a empêché d’injecter à nouveau de l’eau efficacement dans les heures suivantes, et a conduit à l’explosion dans le bâtiment tôt le lendemain.

    Cf http://www.laradioactivite.com/fr/site/pages/Fukushima_Reacteur_2.htm et aussi http://www.laradioactivite.com/fr/site/pages/Fukushima_Depressurisations_Explosions.htm

    • Merci de votre commentaire et d’avoir apporter ces détails à nos lecteurs. Soyons précis : 15 L/s correspond au refroidissement possible d’un de nos réacteurs de 900 MW électriques par les générateurs de vapeur. Nous en avons 34 de ce type et ils sont sous les feux des antinucléaires (Fesenheim, Tricastin). À Fukushima, l’ensemble des réacteurs en fonctionnement au moment de l’accident correspondait à une puissance de 2 GW électriques.

      Il est clair que les Japonais, n’ont pas mobilisé dans l’urgence suffisamment de moyens de refroidissement ; au contraire, nous sommes beaucoup mieux protégés en France par la coopération étroite entre l’opérateur et la puissance publique.

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