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Madame Lepage et le coût de l’énergie nucléaire (II)

mercredi 7 avril 2010, par PH

Nous avions laissé Madame Lepage surestimer le coût de l’électricité nucléaire, nous la voyons louer les énergies dites « renouvelables » :

Au final ce coût se rapproche du prix de revient de l’éolien qui lui, ne cesse de baisser au même titre que celui du photovoltaïque.

Cette phrase est très importante, car elle compare le prix de l’électricité éolienne à celle de l’électricité nucléaire. Ce qui n’a rien à voir, c’est un peu comme si on compare le prix du voyage dans une voiture à celui dans un bus irrégulier, car l’éolien est pour l’instant une énergie fatale, qui malgré trois gisements ne peut même pas assurer 10% de sa puissance installée comme on le voit sur la production de début janvier 2010 (courbe marron) :

Certes l’éolien coûterait 44 €/MWh, mais pour que l’éolien puisse se comparer à l’électricité nucléaire, il faudrait ajouter le prix de barrages en mer (au moins 15 €/MWh) qui pourraient réguler sa production, ...s’ils existaient. Sinon l’éolien se substitue à une autre unité de production existante dont il faut payer de toutes façons, l’investissement : l’éolien commence par se substituer à l’électricité fossile puis si on atteignait les objectifs du Grenelle, il rentrait en concurrence avec l’électricité nucléaire. dans ce cas, il faut donc comparer le coût de l’éolien seulement au coût du combustible qu’il permet d’économiser. En France l’éolien vendu 80 €/MWh remplacerait alors de l’uranium enrichi qui ne vaut que 7 €/MWh...

Il faudrait avoir l’honnêteté de comparer des choses comparables...

L’auteur de cet article n’est pas défavorable à l’éolien terrestre dont la production pourrait déclencher le chauffage de l’eau chaude sanitaire ou la charge des batteries ; mais la simple utilisation des ordres de grandeur montre qu’il s’agit d’un appoint marginal : Il faut 3 fois plus de GW éolien pour remplacer un GW nucléaire. Le remplacement d’un seul EPR 1,6 GW nécessite 4,8 GW...2400 éoliennes de 2 MW, parc que nous avons à peine atteint et qui déclenche la révolte des populations riveraines.

L’autre obstacle au développement de l’éolien en concurrence avec l’électricité nucléaire est son caractère non durable en effet une éolienne dure à peine 20 ans et réclame 10 fois plus d’acier et de béton qu’un réacteur nucléaire ordinaire par kWh produit, tant que les concepteurs n’auront pas trouver le moyen de réutiliser le socle en béton, le bilan carbone de l’éolien restera plus important que celui des réacteurs nucléaires. Si l’éolien terrestre peut se révéler utile sur les îles loin des réseaux, par son installation plus souple et plus rapide par exemple ; son utilisation massive est une aberration physique et économique.

Quant au prix acquitté par le consommateur - qui ne cesse de monter et non de baisser - il plaçait en 2007 le consommateur résidentiel français au 13éme rang sur 27 en Europe et en 6éme position pour le consommateur industriel. Mais, globalement, notre industrie n’en bénéficie guère puisque notre balance commerciale ne cesse de se détériorer.

Ce qui fait monter le prix de l’électricité en France ce sera l’obligation de rachat des énergies dites renouvelables éolien et photovoltaïque, comment le prix de l’électricité ne pourrait pas monter lorsqu’EDF vend du courant entre 33 de 79 €/MWh et quand elle doit racheter du courant éolien à 80 €/MWh et du courant photovoltaïque entre 310 et 480 €/MWh !

On appréciera la logique de Madame Lepage, les faits sont les suivants : l’électricité de nos réacteurs nucléaires soulage nos industriels et les énergies dites renouvelables vont alourdir leurs charges. La phrase correcte aurait été : Heureusement que nous avons une électricité des plus compétitives d’Europe et que notre industrie en bénéficie, sinon notre balance commerciale serait encore plus déficitaire :

Autre argument avancé : l’absence de coût pour le contribuable. L’industrie nucléaire ne bénéficierait d’aucune subvention et au contraire payerait de l’ordre de 2Mds d’impôt par an en France. Ceci est encore inexact. Le soutien accordé à la recherche nucléaire depuis 1974 s’élèverait à 159 Mds de dollars selon l’AIE. En France, l’Etat soutient la recherche nucléaire par l’intermédiaire du CEA. Les budgets publics français consacrés à la R&D pour le nucléaire dépassent les budgets américains depuis 1995 et l’écart ne fait que croître. Ils représentaient 13 % du budget global des pays de l’AIE pour la R&D nucléaire en 1997.

Madame Lepage a trouvé un gros chiffre en dollars (monnaie qui est plutôt basse) et elle l’ a recopié et ensuite, elle le compare à un flux annuel en euros...
Le mieux est d’aller chercher le budget du CEA civil : la contribution de l’état au budget civil est de l’ordre de seulement 1 milliard d’euros, alors que le CEA civil travaille non seulement sur l’énergie nucléaire mais aussi sur le photovoltaïque, le stockage de l’énergie, la biomasse, la santé etc...

Le chiffre d’affaire d’EDF est de l’ordre de 35 milliards d’euros en France, retirons 5 milliards d’euros pour l’abonnement, 30 milliards d’électricité serait vendu dont 80% nucléaire. La vente de l’électricité nucléaire rapporterait 24 milliards d’euros sur lesquels sont payés une TVA à 19,6% soit 4,7 milliards d’euros. Sans compter l’impôt sur les bénéfices d’EDF et d’AREVA et les dividendes versés à l’État.

Le programme nucléaire est très largement bénéficiaire pour les comptes publics alors que le développement de l’éolien et du photovoltaïque nécessite des surcoûts jusqu’à 6 milliards d’euros par an.

En parallèle, les budgets publics de R&D dans le domaine de la maîtrise de l’énergie restaient négligeables. Si on recherche le montant global cumulé en francs courants consacrés au nucléaire civil, il s’élève à 54 Mds de francs jusqu’en 1998.Le cycle complet représente un investissement de 455 Mds.

Maintenant, on passe au franc : dans le même paragraphe Madame Lepage a réussi a utilisé trois durées et trois monnaies...

Et la situation perdure. En 2010, le nucléaire et les activités industrielles du CEA représentent 80% des crédits de paiement de la recherche civile en énergie et 52% des dépenses d’investissement. EDF et Areva empruntent souvent à bon compte puisque le contribuable paye le différentiel… quant au montant effectivement payé de l’impôt sur les sociétés, il est introuvable….

C’est bizarre, on le trouve facilement : 1,5 milliards d’euros en 2009.

Il faudrait nous indiquer comment le contribuable peut payer un emprunt contracté par EDF ou AREVA ? La France n’est-elle pas un état de droit ?

L’énergie nucléaire fournit 400 TWh par an, elle peut fournir jusqu’à 700 TWh et nous sortir des énergies fossiles. Le potentiel de l’éolien terrestre est de l’ordre de 50 TWh en détruisant les paysages, l’éolien marin peut-être 200 TWh à au moins 130 €/MWh sans compter le stockage et avec des investissements physiques dix fois plus importants, le potentiel du photovoltaïque est de l’ordre 100 TWh produit en été pendant le creux de consommation électrique. Bamberger et Rogeaux estiment à 25 milliards d’euros par an, le coût d’une sortie du nucléaire à partir d’éoliennes et de batteries NaS. Pas de doute, il faut investir encore plus dans les filières nucléaires, reconstruire un surgénérateur au sodium et expérimenter les réacteurs à sels fondus.

enfin, il faudrait aborder la question de l’assurance du risque nucléaire plafonné à un peu plus de 2 Mds d’euros (les Suisses évaluent un accident nucléaire à un coût pour la Suisse de 4.000 milliards !)

Ce ne sont pas les Suisses mais probablement des antinucléaires suisses qui sortent ce chiffre fantasmagorique : 4000 milliards d’euros , ce serait la moitié du patrimoine des français...Le plus grand accident qui puisse arriver à un réacteur à eau ordinaire est une fusion de cœur, en l’absence de modérateur (eau) les neutrons sont absorbés par l’U238 et la réaction s’arrête mais la chaleur dégagée par la radioactivité fait fondre le coeur. Ceci nous est déjà arrivé en mai 1980 à Saint-Laurent des eaux et il n’y a eu aucune conséquence...

du coût de la gestion des déchets, du volume des déchets évalué à 3 Mds de m3 avec le démantèlement qui conduit déjà à intégrer des déchets très faiblement radioactifs aux routes et aux bâtiments) et du coût de la pollution radioactive endémique…

Visiblement, il y a un problème avec avec les chiffres : « milliards » , ce n’est pas millions, comme on le voit ci-dessous, le tableau extrait du rapport 2009 de l’ANDRA page 218 :

Le volume de déchets radioactifs sera de l’ordre de 3 millions de m3 soit une bute de 3 m sur un carré d’un kilomètre de côté. Au passage 8000 éoliennes du Grenelle à 1000 m3 de béton, ça nous fait 8 millions de m3.
Seuls 1% de ses déchets sont hautement radioactifs et nécessite un stockage géologique profond.

Dès lors, sur le plan économique et financier, rien ne dit que la collectivité soit gagnante et sur le plan industriel elle est complètement perdante. La volonté politique, qui ne s’est accompagnée d’aucune étude d’impact sur les conséquences industrielles, financières, économiques en terme d’emplois nous conduit dans le mur. Le secteur des industries des énergies renouvelables a crû de 39% aux USA, 23% en Europe, a doublé en Chine pour l’éolien et plus encore pour le solaire en 2009. Or, le gouvernement, dans les faits, casse toute capacité de constitution de filières industrielles françaises. A titre d’exemple, le fait de détruire, avec une rétroactivité parfaitement illégale, les projets photovoltaïques au prétexte qu’ils seraient spéculatifs, rend tout simplement impossible des progrès rapides de la mise en place d’une électricité propre et d’un secteur industriel y afférent rendant inutile la construction des EPR et anéantissant le mythe du nucléaire comme seule solution au problème énergétique et climatique.

Après de telles corrections nous laissons le lecteurs juger si Madame Lepage est apte a juger le bilan d’une politique énergétique.

Rappelons qu’en 2009, 37.500 GW d’éolien ont été installés dans le monde soit l’équivalent de 23 réacteurs nucléaires dans le monde. Le marché des turbines a représenté 45 milliards d’euros. La France pourrait promouvoir une vraie filière du photovoltaïque intégré au bâti et à nombre d’entrepôts des grands de la distribution qui veulent jouer le jeu des EnR… en vain.
Le nucléaire n’est pas bon marché, il n’est pas un avantage économique. Ne devient-il pas une erreur industrielle historique et un risque majeur pour l’économie française ?

En français, on note les décimales après une virgule, nous pensons que madame Lepage a voulu dire 37,5 GW, c’est en effet l’équivalent de la puissance de 23 EPR sauf qu’un EPR produit de l’électricité modulable 60 à 90% du temps alors qu’une éolienne, c’est plutôt 20 à 30 % avec une électricité pas très régulière comme nous l’avons expliqué au début de l’article. Il y a là une erreur d’un facteur 3.

Corinne LEPAGE
Avocate, ancien Ministre de l’Environnement, Présidente de Cap21.

Madame Lepage ose rappeler qu’elle a été ministre de l’environnement après avoir fait tant d’erreurs sur les quantités et la nature des choses, en un seul article...

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