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QUIS CONTRA NOS ?

Lorsque France Culture invente un spécialiste du nucléaire et le présente comme antinucléaire

vendredi 29 juin 2012, par PH

Encore une incompétence de cette radio que nous avions déjà épinglée.

Le 25 juin 2012, Stephane Deligeorges accueille comme invité dans son émission Continent Sciences, Jean-Louis Basdevant. Celui-ci, dans la seconde édition de son livre : Maîtriser le nucléaire, a ôté le point d’interrogation qui suivait sortir du nucléaire. Il est probable que sans cette modification, il n’aurait pas été invité.

L’auteur est présenté comme un éminent physicien, Jean-Louis Basdevant est en effet un ancien élève de l’école Normale Supérieure et il fut par la suite, professeur de mécanique quantique à l’École Polytechnique de 1975 à 2005. Après Fukushima, il avoue avoir passé 9 mois à étudier le nucléaire et en être sorti épuisé. La mécanique quantique est une partie spécifique de la physique, un peu abstraite, indépendante des sciences nucléaires qui requièrent de la neutronique, l’étude des transferts thermiques et des matériaux. Jean-Louis Basdevant va-t-il apporter un regard neuf ? On pense alors que Monique Séné ne sera plus seule, que l’on va pouvoir entrer dans les débats de fond avec quelqu’un de sérieux.

Mais, après avoir lu son livre, le responsable de l’émission aurait dû remarquer que Jean-Louis Basdevant n’a fait que recopier des sources secondaires. L’auteur n’a présenté aucun calcul personnel de criticité ou de transfert thermiques. Son livre est une description simplifiée du nucléaire, une sorte de le nucléaire pour les nuls. Un livre clairement écrit qui reprend parfois des informations antinucléaires, comme par exemple le testament Legassov qu’il va chercher dans le site très critiquable : www.dissident-media.org. Et tout cela sans aucune analyse. Avec les deux calculs que nous livrerons plus bas, il y aura plus d’analyse personnelle que dans tout le livre.

Lorsqu’un spécialiste de la mécanique quantique découvre l’accident de dimensionnement.

Jean-Louis Basdevant rencontre le problème psychologique que partagent nombre de nos contemporains, baignés dans le discours antinucléaire : il craint l’accident qui pourrait arriver sur un de nos réacteurs : la fusion de cœur. Il n’hésite pas à noircir le tableau : à Fukushima, le corium aurait percé le radier : pourtant l’arrêt à froid a été établi dès décembre 2011. La nappe phréatique serait contaminée sur 10 000 km2 ; par quels isotopes ? de combien de becquerels ? On ne le saura pas. Pourtant, si cela était vrai, on devrait avoir mesuré quelque chose dans l’eau du robinet à une centaine de kilomètres de Fukushima.


Pas de panique

Jean-Louis Basdevant s’inquiète de l’épaisseur des radiers, en particulier de ceux de la centrale de Fessenheim. c’est en effet un point sensible. Alors qu’il rééditait son livre, on savait dès février 2012, qu’il était prévu d’ajouter 50 cm au radier de cette centrale pour que le corium puisse s’étaler sur 80 m2. Or sur 80 m2 un corps noir à 1700°C peut évacuer 70 MW par rayonnement, une valeur supérieure à la puissance résiduelle.


Où l’on voit que Jean-Louis Basdevant n’est vraiment pas un spécialiste du nucléaire.

Pour quiconque s’intéresse un peu nucléaire, les problèmes de sécurité sont primordiaux et comme le fait remarquer Jean-Louis Basdevant la source possible d’un accident est le défaut de refroidissement. Voilà comme est présenté le besoin de refroidissement dans son livre page 105 : 17 m3 par seconde.

Maintenant observons la puissance à évacuer sur la majorité de nos réacteur : 200 MW à l’arrêt, 40 MW au bout d’une heure et 12 MW au bout de 8 jours. En injectant de l’eau à 20°C et en récupérant de l’eau du circuit primaire à 300°C (150 bars), l’enthalpie massique décroît alors de 1300kJ/kg et il faut respectivement 150 kg/s, 30 kg/s et 10 kg/s.

Jean-Louis Basdevant a donc surestimé la difficulté du refroidissement à l’arrêt d’un facteur 100 à 1000. Et encore, même si les circuits de refroidissement à l’arrêt étaient inopérants, comme ce fut le cas au Blayais, il serait encore possible de refroidir le cœur par les générateurs de vapeurs, l’eau du circuit primaire s’y écoule dans le sens de la convection naturelle.

On passe donc d’une valeur ééééénorme à une valeur que l’on peut envisager en toute circonstance, les centrales disposant de réserves d’eau de l’ordre de 1000 m3 aussi bien pour les circuits de refroidissement à l’arrêt et que pour le refroidissement possible par les générateurs de vapeur.

Contrairement à ce qu’a laisser penser le présentateur, malgré le sous-titre de son livre : « sortir du nucléaire après Fukushima » Jean-Louis Basdevant n’est pas pas favorable à une sortie du nucléaire, il souhaiterait passer à la génération suivante de réacteurs. Seulement ce qu’a oublié ce “spécialiste”, c’est qu’il faut accumuler de l’uranium 233 à l’aide des réacteurs actuels pour lancer la génération suivante ou des réacteurs CANDU pour produire le tritium nécessaire aux réacteurs de fusion.

Enfin Jean-Louis Basdevant semble inconscient des conséquences d’un abandon des réacteurs actuels, qui entraînerait comme nous l’avons expliqué sur ce site, un surcoût supérieur à 750 milliards d’euros. Surcoût qui nous ferait subir en chaos économique dans la crise pétrolière qui débute, avec en prime une émission supplémentaire de plusieurs milliards de tonnes de CO2.

Peut-on se permettre d’exprimer une crainte sur les réacteurs actuels sans comprendre leur refroidissement ? Peut-on écrire une critique du nucléaire actuel sans se soucier de la gestion de la matière fissile ? Peut-on réclamer la fermeture de réacteurs prendre envisager les conséquences socio-économiques ?

Et pour couronner le tout, une la radio valide l’incompétence et exploite le sous-titre « sortir du nucléaire », même s’il ne représente pas la pensée exacte de l’auteur.

Après l’affaire des trains du nucléaire, cette émission traduit une nouvelle fois la défaite intellectuelle des médias de la pensée unique devant les progrès du nucléaire lors de ces dernières décennies : bilans sanitaires favorables , sécurité renforcée des réacteurs existants, nouveaux réacteurs à sûreté passive, incinérateurs pilotés par des faisceaux de particules, réacteurs à neutrons rapides, retraitement vitrification stockage géologique profond, extraction de l’uranium de l’eau de mer, thorium, etc...

Qui pourra arrêter la marche inexorable de l’Atome ?

Qui contra nos ?


Voir en ligne : L’émission en question

Messages

  • La coutume, lorsque l’on insulte publiquement quelqu’un, est de signer son écrit. Peut-être PH est-il ou elle si célèbre que ce n’est pas nécessaire, mais cette célébrité ne m’est pas parvenue.

    Par ailleurs, qu’un site qui se dit "privé" prenne le nom "énergie-gouv.fr" fait diablement penser à une usurpation, voire pire. Cela se pratiquait il y a 70 ans en France et en Europe.
    JL. Basdevant

    • Je vois que le médiateur de Radio France est rentré de vacances et vous a enfin transmis la critique argumentée de votre livre, que France-Culture avait encensé. Je vous ai écouté, j’ai acheté cet ouvrage, je contribue donc à vos droits d’auteur ; aussi petit que vous me considérez, vous auriez pu prendre, au moins la peine de lire quelques pages de mon site. Il m’a fallu quelques heures pour trouver des erreurs d’un facteur 10 à 1000 dans votre livre, je vous mets au défi de trouver des erreurs du même ordre ici.

      Vous vous sentez insulté, je le regrette. Il faut donc vous faire une petite explication de texte : si l’esprit de l’article véhicule l’idée « qui pourrait désormais s’attaquer à l’Atome ? », c’est bien parce qu’on vous considérait comme quelqu’un de redoutable. Souhaitez-vous que je remplace votre nom par vos initiales ? Car ici, ce sont surtout les arguments scientifiques ou économiques qui ont de l’importance. Mais vous avez préféré m’attaquer sur le nom de mon site, êtes vous allez vérifier le contenu et l’objectivité de www.gen4.fr, par exemple. Énergie-gouv.fr serait mal choisi ? J’en convient parfois. : c’est tellement facile de m’attaquer là dessus, plutôt que sur le fond. Pourtant, je discute de politique énergétique, non ? Indiquez-moi donc un organisme qui a déjà donné un calcul de stock énergétique ? Qui d’autre a anticipé de 9 mois, le rapport Charpin ou les estimations de l’ONU ?

      Vous faites appel aux heures les plus sombres de notre histoire : pourtant vous profitez de vos fonctions passées et de l’occupation des médias par l’opinion antinucléaire, pour faire vendre votre livre. Livre assez bien clair, comme je l’ai écrit, mais qui contient de grosses erreurs sur des points importants. Vous n’avez pas répondu à celle que j’ai relevées : refroidissement d’un réacteur à l’arrêt, gestion du combustible.
      Vous êtes aussi friand de sensationnel : le corium aurait percé le radier, c’est ce que vous avez affirmé n’est-ce pas ? Le sensationnel fait vendre. Enfin, vous n’avancez aucune analyse économique, or face à la crise pétrolière, nous n’avons le choix qu’entre l’atome et la décroissance et avec la décroissance économique, nous perdrons, notre système social. Est-ce ce que vous souhaitez ?

      Si vous voulez me rencontrer, je vous propose un débat à la radio ou bien un débat scientifique devant un jury de professionnels du nucléaire dans une ENS ou à l’Ecole polytechnique, puisque je ne suis pas aussi célèbre que vous, comme vous me le rappelez, vous ne devriez avoir aucune crainte.

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