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Sortir du nucléaire : bien plus que 750 milliards d’euros !

vendredi 18 mai 2012, par PH

Voilà ce qu’écrivait Valery Laramée de Tannenberg dans Le Journal de l’environnement le 8 novembre dernier :

« A mesure que s’approchent les échéances électorales, les positions des
parties prenantes au débat sur la politique énergétique française se
crispent. A ma droite, les énergéticiens et leurs représentants ne
cessent de dénoncer les tentations écologistes de « sortir du
nucléaire ».

Cela a commencé le 22 septembre dernier par un entretien accordé au
Figaro par Bernard Bigot. Dans l’article, l’administrateur général du
Commissariat à l’énergie atomique (CEA) estime que le coût de l’arrêt
du nucléaire serait probablement supérieur à 750 milliards d’euros.


... Lundi 7 novembre, l’Union française de l’électricité a, opportunément, publié sa vision dusecteur électrique français à l’horizon 2030.

Réalisé par les consultants d’Estin & Co, le rapport présente, en
fait, trois scénarios : le premier se situe dans la prolongation de la
programmation pluriannuelle des investissements (PPI) de 2009 et
laisse au nucléaire 69% de la production d’électricité : un peu moins
qu’aujourd’hui.

Le second réduit à 50% la part de l’atome. Le dernier enfin, imagine
une France ayant fermé tous les réacteurs de plus de 40 ans. Ce qui
laisserait à l’électronucléaire une part de marché d’environ 20%.

...
Au total, avance le syndicat des électriciens, il en coûterait 322
milliards, en 20 ans, pour réaliser le premier plan. Lequel prévoit la
réalisation des deux EPR prévus par EDF (Flamanville 3 et Penly 3), la
mise en service de 41 gigawatts d’énergie renouvelable et de 21 GW de
centrales au gaz. A noter que le budget MDE atteint les 70 Md€ : la
moitié de celui des réseaux.

(...)
L’UFE a regardé aussi ce que donnerait, de ce côté-ci du Rhin, la
transposition du « modèle » allemand. Côté nucléaire, seule une douzaine
de tranches resterait en service. Le reste du mix énergétique serait
constitué de 100 GW renouvelables (dont 45 éoliens) et d’une
soixantaine de centrales à cycle combiné à gaz. L’addition est plus
lourde que précédemment : 434 Md€, dont 209 pour la production, 154
pour les réseaux et toujours 70 Md€ pour la MDE
. A noter aussi que ce
scénario 20% est le seul, selon l’UFE, à accroître les émissions
nationales : + 69 millions de tonnes de CO2 !

Que l’on choisisse de poursuivre sur la lancée actuelle (qui ne nous
permet pas d’atteindre les objectifs du Grenelle !), d’opter pour le
scénario préféré du PS (le 50%) ou celui rêvé par Europe Ecologie Les
Verts (EELV), un constat s’impose : on est très loin des 750 Md€ promis
par le patron du CEA.
 »

Après avoir lu ces lignes un lecteur penserait que la différence de coût entre 70% et 20% d’électricité nucléaire serait de 434 -322 = 112 Md€. En fait le premier scénario contient déjà le surcoût d’investissement de l’éolien et du solaire. Parmi les 41 GW d’énergie renouvelables, 38 GW sont issus de l’éolien et du PV et représente une puissance utile de 4,7 GW, fourni par des EPR le coût aurait été de 20 G€ au lieu de 67 G€.

Ensuite, lorsque l’on est à 20% de nucléaire, nous ne sommes pas encore sortis du nucléaire. Pour arriver à 0% de nucléaire, la tendance donnerait 220 Md€ d’investissements :
Mais après avoir réalisé le déploiement des énergies renouvelables officielles jusqu’en en 2030 à cette date, , il faudra renouveler 140 Md€ d’investissements éolien et solaire ; alors que le parc nucléaire serait amorti.

Enfin, Valery Laramée de Tannenberg a omis de regarder la balance commerciale : équilibrée à 70% d’électricité nucléaire , elle plonge à - 6 Md€ à 50% et -10 Md€ à 20%, la tendance donne -14 Md€ sans nucléaire.
De 2010 à 2030, on dépense la moitié et de 2030 à 2050, la totalité. Donc 30 ans à 14 Md€ : 420 Md€

Si on additionne les surcoûts : 220+140+420 Md€ : 780 Md€

Du point de vue économique, nous arrivons à deux conclusions :

Sortir du nucléaire absorberait en 40 ans, une bonne partie de la croissance économique prévue avec les hypothèse de coût des énergies fossiles du scénarios e l’UFE (3,4 c€/kWh pour le gaz).

Si on prend en compte, les pénuries fossiles, aller dans le sens de la sortie du nucléaire est suicidaire, car en période de pic pétrolier, il est très probable que le coût du gaz sera deux à trois fois plus élevé que celui prévu dans les scénarios de l’UFE et la situation deviendrait dramatique en ce qui concerne es importations fossiles (50% du bilan, aujourd’hui) par l’impossibilité de basculer des usages sur l’électricité nucléaire.

Quant au monde de l’information :

Le journaliste d’un journal consacré à l’environnement n’avait donc pris en compte qu’une partie de l’effort (70-20 au lieu de 80-0), puis ignoré la différence de durée de vie des investissements et enfin oublié le coût des importations fossiles. Est-ce l’incompétence ou des groupes de pression qui poussent à une telle désinformation ?


Voir en ligne : L’article du Journal de l’environnement


L’estimation de du coût d’une éventuelle sortie du nucléaire (c’est à dire de 20% à 0%) en Allemagne au 30 mai 2012 : http://www.usinenouvelle.com/article/la-fin-du-nucleaire-en-allemagne-coutera-jusqu-a-400-milliards-d-euros.N175526

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