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La déontologie très particulière d’Enquête de trésorerie

samedi 5 mai 2012, par PH

Dans Cash Investigation qui se traduirait dans notre langue par Enquête de trésorerie, Elise Lucet, part selon Télérama, « contre les entourloupes des services de communication des grosses entreprises ». Dans le numéro du 4 mai, elle s’en prend à AREVA. On se demande bien pourquoi : l’entreprise est majoritairement composée d’ingénieurs et de techniciens plus portés sur la performance technique que sur la publicité. Nous pouvons même considérer que le service de communication de cette entreprise est particulièrement médiocre. Alors comment trouver quelque chose à AREVA ? Il va falloir partir très loin et remonter dans le temps. On ne va pas observer les sites en exploitation de l’entreprise, mais on va aller sur une mine qui n’a jadis été exploitée par la COGEMA, et puis qui a été fermée avant même que le groupe AREVA soit créé.

L’équipe se rend donc en Afrique dans l’ancienne mine de Mounana au Gabon, le gisement a été exploité entre 1960 et 1999. Puis le site a été réaménagé en forêt équatoriale. Que constatent les journalistes ? Des habitations et un caniveau et un coin de la forêt sont un peu plus radioactifs. Les doses relevées par les journalistes, un peu n’importe comment (on ne place pas un dosimètre à même le sol) semblent indiquer qu’il commencerait à avoir un risque pour la santé. Pour le prouver, les journalistes exhibent une image du même débit de dose devant la centrale de Tchernobyl, sans préciser qu’il ne s’agissait pas de la zone la plus radioactive et que des techniciens y ont fait fonctionner les autres réacteurs de la centrale une quinzaine d’années. Si nous revenons à Mounana, l’explication logique est la suivante : dans un site initialement isolé, les matériaux de construction des bâtiments auraient été issus de résidus de mine, la radioactivité naturelle serait donc plus concentrée et ce serait également le cas si il avait été utilisé, des matériaux issu de la zone non exploitée, comme c’est le cas à Ramsar en Iran.

L’équipe tombe par hasard sur le directeur de la filiale franco-gabonaise d’AREVA, la COMUF, il est étonné du débit de dose dans le caniveau, cela doit donc être un des derniers points radioactifs du site, dont le réaménagement a été salué par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Les habitations radioactives sont progressivement détruites. On présente une petite fille malade de la gorge sans que le lien avec la radioactivité soit prouvé, on prend plus de précaution avec Dominique Strauss Kahn, qu’avec l’Atome ...

Une rapide recherche montre qu’ AREVA a engagé à Mounana 12,5 millions d’euros dans la réhabilitation, 5,3 millions d’euros dans la reconversion et 1 million d’euros dans les domaines de la santé et de l’éducation. Pour un millier de salariés dans une ville de 10 000 à 20 000 habitants, ce n’est pas une somme négligeable. AREVA a signé un accord avec l’organisation non gouvernementale SHERPA en 2009. En octobre 2010 est créé un observatoire de santé pour cette région. Il est possible qu’à l’ époque de l’extraction, on ait pris moins de précaution dans les mines qu’aujourd’hui, Faut-il rappeler qu’alors, les gens avaient pris l’habitude de vivre dangereusement : en ce temps là, en Métropole, les élus fumaient ostensiblement et toléraient 15 000 morts par an sur les routes. Il semble pourtant clair, au moindre journaliste honnête, que l’affaire n’est pas neuve et que le groupe AREVA est prêt à prendre ses responsabilités. Alors pourquoi cet acharnement ?

Pour sortir ce sujet, l’équipe est allée se renseigner dans les bureaux cossus d’un célèbre avocat antinucléaire, qui a dû leur souffler le sujet. Ce dernier n’appréciait pas que l’image d’une centrale nucléaire fût placée dans un film publicitaire, entre une centrale photovoltaïque et un champ d’éoliennes. En effet pourquoi associer l’Atome a des énergies si peu performantes qui réclament dix fois plus d’investissement physique pour fournir irrégulièrement la même quantité d’énergie ? En guise de greenwashing, Elise Lucet ferait bien d’éclairer les téléspectateurs sur les véritables performances de ces sources d’énergie et en journaliste d’investigation elle pourrait dévoiler comment ont été établis les tarifs de rachat forcé, l’atome en ressortirait vraiment plus écologique mais l’objectivité scientifique n’est pas peut-être pas une qualité donnée à tout le monde.

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