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Madame Lepage et le coût de l’énergie nucléaire (I)

mercredi 7 avril 2010, par PH

Madame Lepage ne cesse de critiquer le programme électronucléaire français, en particulier pour des raisons économiques, ses afficcionados applaudissent ; nous laissons le lecteur juger objectivement ce quelle écrit :

Un rapport de l’AIE rendu public fin mars vient une fois encore affirmer que l’énergie nucléaire est la moins coûteuse.
Voici, quelques semaines, (la Tribune du 4 février 2010) la même thèse était largement développée par un ardent défenseur du nucléaire, Francis Sorlin [1]qui soulignait les nombreux avantages économiques et financiers que présenterait l’énergie nucléaire pour la France. Est-ce fondé ? analysons les arguments :

Tout d’abord l’économie réalisée du fait du non achat à l’étranger de notre électricité et de l’aspect positif du nucléaire sur notre balance commerciale. C’est malheureusement faux. Du fait de la faible disponibilité de notre parc nucléaire (79% en 2008 , encore plus faible en 2009 contre plus de 90% en Allemagne ou en Finlande) notre solde exportateur a baissé de 47%. Sur les 10 premiers mois de l’année 2009, nous avions un solde excédentaire de 874 millions d’euros contre 2,8 milliards en 2008. En revanche, nous avons considérablement augmenté nos importations (déjà 30TWh par an entre 2005 et 2007) pour un coût qui est secret d’Etat. Le mythe de la France , premier exportateur mondial de nucléaire est inexact et n’établi nulle part.

En effet entre 1988 et 2007 aucune nouvelle centrale nucléaire n’a été mise en construction en France, alors que la consommation d’électricité croissait structurellement de 1 à 2 % par an. On ne peut alors pas s’étonner que nos exportations baissent (n’est-ce pas ce que souhaite Sortir du Nucléaire ?), on peut en revanche se demander pourquoi nos exportations de repartent pas malgré le boom de l’éolien dans notre pays..

Ce n’est pas seulement sur les exportations d’électricité que se joue l’aspect positif de notre filière nucléaire, mais sur la moindre importations d’énergie fossiles. En effet comment produirions nous alors nos 400 TWh nucléaires ?
Et bien comme nos voisins, c’est à dire avec du charbon et les usages thermiques de l’électricité aurait été remplacés par l’utilisation de gaz.

Il aurait fallu importer 75 TWh de gaz, soit à 3 c€ du kWh environ, soit 2,25 milliards d’euros.

D’autre part pour produire 325 TWh soit 30 tep d’électricité, il aurait fallu 90 tep thermiques soit 150 millions de tonnes de charbon !

À environ 50 € la tonne en tenant compte des variations monétaires, cela nous aurait coûté 7,5 milliards d’euros.

En revanche, nous aurions pu éviter d’importer 8000 tonnes d’uranium naturel à environ 50 €/kg garantis par des contrats à long terme, soit 400 millions d’euros :

En ajoutant quelques exportations de l’industrie nucléaire, comme les couvercles de cuves vers les États-Unis ou des centrales comme Koeberg, on peut estimer que l’industrie nucléaire a contribué et contribue à hauteur d’environ 10 milliards d’ euros par an à la balance commerciale de la France.

Ensuite, un rapport de l’INESTENE en 2002, à une époque beaucoup plus faste d’exportation, établissait que les revenus officiels tirés de l’exportation ne couvraient pas les coûts officiels de production nucléaire. Il évaluait les pertes annuelles entre 800 millions et 6 milliards d’euros selon le degré d’internalisation des coûts.

On sait ce qu’il faut penser ici des soit disant experts antinucléaires, ils nous pensent assez stupides pour exporter à perte...

Enfin, notre consommation pétrolière par habitant est beaucoup plus élevée que celle de nos voisins ( 1,46 tonne en France contre 1,36 en Allemagne,1,31 en Italie et 1,33 en Grande-Bretagne) de telle sorte que la part du nucléaire dans l’énergie finale reste très modeste, de l’ordre de 14%.

On peut dire aussi que l’énergie nucléaire en France , c’est 40% de l’énergie primaire [2] . Les amis de Madame Lepage militent pour utiliser l’énergie primaire dans le bâtiment...alors pourquoi pas dans le bilan énergétique ? Pour faire comprendre la valeur de l’électricité : une petite voiture électrique consomme 10 kWh au 100 km soit même pas 1L de carburant, de même une pompe à chaleur électrique produit 3 kWh thermique avec un kWh électrique, on voit bien que l’on ne peut pas compter 1 kWh de gaz ou de pétrole comme 1 kWh d’électricité comme le fait Madame Lepage, pour arriver à 14 % en énergie finale.

On ne voit pas non plus ce que le pétrole vient faire ici, puisqu’on vient d’expliquer plus haut que (pour l’instant) l’énergie nucléaire se substitue principalement au charbon et un peu au gaz. On peut se demander d’ailleurs si une variation de 9% est vraiment « beaucoup plus élevée ».

Nous attribuons cette légère différence, à la persistance du chauffage au fioul en France qui est resté assez longtemps l’énergie la moins chère pour le chauffage (ce qui est une aberration, contre laquelle Madame Lepage n’a rien fait en tant que ministre de l’environnement) et à la mauvaise isolation des bâtiments chauffés aux énergies fossiles.

Si nous faisons le total des hydrocarbures pétrole+gaz :

Allemagne : 2,41 tep/habitant
France : 2,10 tep/habitant

En Allemagne, le gaz contribue à la production électrique, alors qu’en France l’électricité nucléaire se substitue au gaz.

De toutes façons, ce propos était assez osé de la part de celle qui n’a pas fait baisser la consommation française de pétrole d’un baril pendant qu’elle fut pendant deux ans ministre de l’environnement : pas de projet de taxe carbone, pas de projet de véloroutes, pas de normes...

Ensuite le bas coût du nucléaire aurait permis des baisses régulières de la facture des consommateurs, lesquels bénéficieraient des plus bas coûts en Europe. C’est faux.

Non c’est vrai ! En Italie et en Allemagne, le kWh frôle les 20 c€ au lieu de 12 en France. (ou 200 €/MWh au lieu de 120)

Tout d’abord, le coût affiché du nucléaire monte constamment et n’intègre toujours pas la réalité de ce coût. Il est aujourd’hui de 55 euro/GWh en France, mais n’intègre pas le démantèlement comme l’avait souligné un rapport accablant de la cour des comptes de 2005 qui évaluait à 68 Mds la constitution du fonds de réserve nécessaire pour 58 centrales sans rapport avec les 17,2 Mds provisionnés (sans compter le fait que les provisions, tant d’Areva que d’EDF, semblent difficiles à retrouver aujourd’hui….)

Madame Lepage nous donne le prix de l’électricité de l’EPR tête de série de Flamanville qui ne produit pas encore,... en nous parlant du démantèlement du parc existant (qui ne risque pas d’être démantelé de si tôt, vu la prolongation de vie à au moins 60 ans des REP américains).

Il faut vraiment ignorer le monde industriel ou celui de la construction pour ne pas comprendre qu’une tête de série, coûte plus cher que la série...

Si nous cherchons le coût du parc existant, profitons de la loi NOME. Le opérateurs privés proposent de racheter le MWh à 34 €, alors que EDF veut le vendre à 44 €, ce qui donne une bonne idée du prix de l’électricité du parc nucléaire actuel.

Enfin ce que dit la Cour des Comptes n’est pas accablant, elle évalue le démantèlement à 15% du prix de construction, ce qui est une somme facile à provisionner sur... 60 ans. [3]

Il y a tellement à corriger que Madame Lepage a droit à un second article.

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Voir en ligne : ’’Le nucléaire ne coûte pas cher…’’

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